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  • ÉDITEUR

    Chronique du Temps Présent Quarantain Poétique I /

    Tribunes

     

    « Mes raisons me sont dictées en partie par l'assez incroyable et détestable exhibitionnisme dont font preuve depuis le mois de juin 1940

    trop d'intellectuels parmi ceux dont le nom jadis était précédé ou suivi d'un prestige bienfaisant, d'une assurance de solidité quand viendrait

    l'épreuve qu'il n'était pas difficile de prévoir… On peut être un agité, un déprimé ou moralement un instable, et tenir à son honneur !

    Faut-il les énumérer ? Ce serait trop pénible. […] Certes, il faut écrire des poèmes, tracer avec de l'encre silencieuse la fureur et les sanglots de notre humeur mortelle, mais tout ne doit pas se borner là. Ce serait dérisoirement insuffisant. Je te recommande la prudence, la distance. Méfie-toi des fourmis satisfaites.

    Prends garde à ceux qui s'affirment rassurés parce qu'ils pactisent. Ce n'est pas toujours facile d'être intelligent et muet, contenu et révolté.

    Tu le sais mieux que personne. Regarde, en attendant, tourner les dernières roues sur la Sorgue. Mesure la longueur chantante de leur mousse.

    Calcule la résistance délabrée de leurs planches. Confie-toi à voix basse aux eaux sauvages que nous aimons. Ainsi tu seras préparé à la brutalité, notre brutalité qui va commencer à s'afficher hardiment.

    Est-ce la porte de notre fin obscure, demandais-tu ? Non. Nous sommes dans l'inconcevable, mais avec des repères éblouissants . »

     

    René Char, Billets à Francis Curel (1941)

    Recherche de la base et du sommet,

     

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    Le grand laboratoire de la dématérialisation :

    l’angoisse n’aura pas nos yeux

     

    Les mots sont ductiles aux jardins où est bêchée la langue des consentements tacites.

    C’est pourquoi il serait vain de venir ou revenir sur la terre anxiogène du discours des politiques quelle que soit ce jour leur appartenance. Sous l’unité invoquée, se réfugie la cohésion qui elle-même abrite la protection, laquelle proclame la sécurité sous la haute autorité de l’ordre que facilite la surveillance…et tout le monde est mobilisé, responsabilisé et préventivement culpabilisé en cas d’échec de la connaissance devant la fièvre du savoir scientifique. Ainsi soit-il et tu ne te plaindras point de mourir si tôt que l’épidémie te l’aura permis.

     

    Durant tout ce temps de la parole écrite au fer du pire, quel monde rougeoiera, quel monde s’osera encore, se risquera sans masque ?

    Le même monde autrement ? Un autre monde mêmement : quand celui par lequel on survit dans le confinement serait mourant avant que d’être tout à fait mort ?

     

    Côté cour comme côté jardin sur la scène politique mondiale, qu’on entre ou qu’on sorte, le temps du monde qui se vit à l’instant est celui de la représentation que l’on donne. Il est le temps de la « société du spectacle » écrivit un jour un certain…(1)

     

    Ce temps ci de ce monde là n’est pas mort, du moins pas encore et sans doute faut-il être bien velléitaire plutôt que réaliste pragmatique pour le croire. Bien sur rien ne sera pareil après le virus. Demain ne sera pas comme hier et personne sauf les faiseurs de nœuds qui étranglent le devenir, personne souligne-t-on ne confond répétition et reproduction, continuum et continuité avec constante. Ainsi chacun peut et même, doit comprendre que l’épidémie qui menace les corps jusque dans les profondeurs du commun esprit, n’est pas indéfectiblement mortelle. Elle ne l’est ni pour tous les corps-esprits ni pour l’esprit de corps d’un certain système mondial. Là encore sous toute vraisemblance, on notera une discrimination entre fragiles et robustes : quart-monde, tiers-monde, Europe, les grands blocs…

     

    Le comité sanitaire de la haute finance, au nom d’une « éthique économiste », saura décider qui sauver en priorité, du moment que vie s’en suive pour l’équilibre mondial des places boursières…mais ce n’est pas ici notre propos.

    Quel est donc ce propos au milieu du grand trouble épidémique ? Avant tout autre, celui qui avec le poète(2), regrettera qu’une fois encore, nous regardions en direction de la fin, avec la mort devant nous, ce nous confus car ne sommes jamais libres d’elle.

     

    C’est une fois de plus l’épidémie-mur, devant et la création réduite à une fissure comme seule perspective pour entrevoir la vie, se frayer un chemin tortueux et difficile à-travers elle, au point de ne vivre que dans la peur de nous y fourvoyer. Cette façon de toujours voir la vie avec un regard d’arriéré de paiement sur la mort, nous fait chercher un monde sans cesse limité dans lequel ce qui est libre n’est que miroitement.

    Bien entendu il est dit : quatre vingt pour cent d’entre nous passerons l’obstacle du pic. Nous passerons individuellement comme fil par le chas d’une aiguille-épée de Damoclès. Quant aux vingt autres pour cent, ils n’existent déjà plus. Ils sont si près de la mort, que nous ne voyons plus leur mort. Ils sont déjà morts avant de l’être tout à fait. Ils sont, comme dit le même poète : « celui qui s’en va » et toujours nous ressemble avant que nous lui ressemblions.

     

    Au lieu de tout cela, au lieu de ce spectacle dans lequel nous ne sommes que les figurants surveillés du destin, il y a sans doute il faut le croire, une possible submersion de nous. Elle relève de ce qu’on appelle écologiquement « nature », « la nature en nous». Et si nous percevons, organisons, voulons maîtriser, dominer la puissance de cette belle nature comme nous l’avons fait depuis plus de deux siècles au nom de notre savoir la penser comme un environnement, alors elle se rebelle avant de tomber en poussière…et nous voilà repartis pour la catastrophe. Catastrophe qui consiste à prendre congé de l’histoire, de notre propre écriture d’elle en retournant la situation et nous présentant comme les victimes du sort, d’un sinistre « fatum », de pauvres âmes bien faites soudain mises en congé de l’imaginaire.

     

    Si au lieu de cela, en toute conscience libre (ce qui ne signifie pas « inconscience » ou « folie » comme disent devoir « raison garder », les donneurs d’ordre), si au même lieu de la catastrophe, nous choisissions de savoir respirer sans limite projetée contre notre souffle… Si au cœur de cette épidémie, nous allons, toutes cultures confondues, comme le vent des sables par les roses éternelles contre le monde de la globalisation … Si nous ne nous courbons pas devant l’angoisse, si sans concupiscence nous repoussons l’anxiogène de la parole de pouvoir, alors peut-être serons-nous raisonnablement voyants en tout, pour toutes choses, plutôt que voyeurs de notre avenir seul, face au chas de l’aiguille.

     

    A cet égard il faudrait certainement cesser de penser la mort subite du système capitaliste et financier qui régit ce monde, cesser de croire que sa fin viendra sans nous, presque malgré nous, grâce à une épidémie de fortune qui amènerait miraculeusement à ce qu’on ne connaisse plus jamais de l’existence ce que nous avons vécu, souffert en elle avant la mort du système. A supposer que nous pourrions n’être que peu ou presque rien dans le terme mis à un tel système qui s’autodétruirait à force de contradictions internes, nous ne serons plus seulement victimes d’un miroitement de libération de nos perceptions mais dans la cécité, la perte totale de nos sens, provoquée par notre fascination devant la représentation d’un spectacle-providence de la politique mondiale. L’épidémie bien réelle pouvant éventuellement servir et renforcer une dramaturgie sécuritaire, protectrice, avec l’unité nationale pour héros-premier-rôle et la cohésion-solidarité pour messager.

     

    Ainsi ce qui pourrait apparaître comme fin possible d’un vécu insupportable et annoncerait un après survivant autrement et meilleur, ne serait toujours qu’une projection par laquelle nous obscurcissons notre puissance de voir.

    En effet comment ne pas discerner sous le manteau déchiré de la mondialisation, son puissant corps laborantin qui pourrait s’emparer de l’épidémie pour créer un immense laboratoire expérimental de réalité augmentée, en vue de réaliser la grandiose expérience d’une dématérialisation du quotidien de la vie en commun des Hommes.

     

    Parmi d’autres expériences qui restent à analyser dans un futur très proche, il y a celle du télétravail. Cette expérience mondiale poursuivie en France pendant les grèves contre la réforme des retraites, s’est étendue à bien des secteurs d’activités y compris la médecine. Elle se propage aujourd’hui à la faveur des mesures d’urgence prises partout dans le monde. Elle est un exemple dont il faut étudier tous les effets dévastateurs du lien social. Aux plans de l’enseignement, de l’éducation, de la culture, de la création artistique et tant d’autres, elle remet gravement en question, l’importance du « présentiel ». Bon nombre de dispositions d’exception prises sous la pression de l’épidémie et l’impératif de survie qu’elle suscite, peuvent représenter pour la mondialisation en difficulté autant d’expériences inespérées de contrôle et d’auto-asservissement par confinement consenti de la pensée et des forces humaines.

     

    Il ne s’agit aucunement de verser ici dans une pensée du « complot », ce qui serait absurde et sans intérêt pour le devenir de l’actuelle communauté humaine. Il est beaucoup plus sérieusement question de considérer la pandémie actuelle comme une circonstance inattendue, fort opportune pour les régisseurs-ordonnateurs économiques et politiques, lesquels auraient toute raison de s’emparer et déployer cette opportunité pour retrouver leur équilibre et radicaliser leur exploitation des Hommes grâce à des gouvernances de plus en plus autoritaires.

     

    Sachons face au déploiement de l’obscur au cœur de la moisson du réel,

     

    ne pas faire le deuil de notre lucidité.

    Mille éclairs taraudent les ténèbres.

    Ils font voir du précipice des obéissances,

    l’imprévisible sommet de survivants de lumière

    qui conditionnent l’instant d’écrire un autre jour.

     

    Voilà ce dont nous ne voulions pas manquer de témoigner à travers le présent texte. Sa rédaction fut réalisée sur toute sa durée, au long des chants festifs de plusieurs centaines de jeunes, collégiens, étudiants réunis à Paris qui préparaient la manifestation du 14 mars 2020.

     

    Nous sommes alors 48h avant la fermeture des lycées, universités face à la pandémie dévalant ce terrible fil d’angoisse qui malgré tout, ne confinera pas les yeux d’une jeunesse amoureuse.

     

    Philippe Tancelin

    Poète-philosope

    13 mars 2020

     

    I : Guy Debord

    2. Reiner Maria Rilke en référence aux « élégies de Duino »

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    Du "confinement

     

    " L’ironie dont joue aujourd’hui un certain virus – surgi, dit-on, de quelque animal servi à la table chinoise – devrait bien ramener à la réalité ceux qui la cuisinent pour nous la faire avaler comme une potion magique ! Car la vie et la mort ont un lien selon la loi de Nature. Un virus – à défaut d’être prophète et de pratiquer l’emphase métaphysique – vient donc de crier cette vérité sur les toits, et même dessous.

    N’a-t-on pas vite oublié que les ormes et plus récemment les buis ont été les victimes désignées d’un diable de service ? Et si le vrai Démon de l’Homme était cette culture infantile de la toute-puissance dans laquelle l’enferment les marchands de machins et de machines promis à son bonheur ? Alchimie du grand commerce appliqué à la transformation du plomb de la vie en or plutôt coûteux !

    N’arrive-t-il pas que notre immunité même, soumise au jeu de l’angoisse et de ses réputés remèdes nous livre aux assauts de force aussi insaisissables que des fantômes ?

    Fantomatique en effet, tel virus échappé de l’enfer, l’air imbécile, s’en prend au paradis intelligent dont nous avons fait notre demeure : technologie béate, figures de l’homme sans visage et bientôt sans corps !

     

    Sans parler de l’Etat, ce pouvoir dit démocratique dont la vocation tutélaire s’étend sous cette forme de totalité organisationnelle dont la figure salvatrice n’en paraît pas moins menaçante que d’autant plus nécessaire. Ambiguïté d’une situation qui, dans le jardin de notre monde, présente à la fois son fruit et le vers qui s’y loge. ** Que l’Etat, dans sa bienveillance, nous condamne au confinement selon la loi d’une guerre bien ordonnée pourra servir au philosophe.

     

    C’est supposer, bien sûr, qu’il échappe à l’infantilisation que crée l’autorité, quand elle émane d’un « système », déshumanisé qu’on le veuille ou non. Au prétexte d’épargner des vies humaines, faut-il en effet délivrer de leur libre-arbitre et de leur responsabilité, des citoyens qu’on s’applique à faire voter selon l’idéal démocratique ?

     

    On peut légitimement en douter ! Ne serait-il pas plus urgent – bravant les exigences d’un pragmatisme à courte vue – de remettre l’éducation dite « civique » au cœur de la vieille école ? En finir avec l’idée que l’acquisition des savoirs se suffit à elle-même et qu’elle développe la responsabilité de l’individu et sa capacité de vivre en société. Et, à défaut, puisque tel est le cas, ne faudrait-il pas plutôt renvoyer chacun à la réalité individuelle et collective que l’épidémie l’oblige à affronter ?

     

    Qui peut croire en effet que les mesures de coercition suffiront à endiguer les errements comportementaux de ceux qui ne veulent pas savoir et qui d’ailleurs ont souvent bien des raisons de se sentit « hors la loi » ? En tous cas, l’assujettissement des citoyens en tant que tel, le 2 protectionnisme qui prétend le justifier, sont eux-mêmes les virus d’un organisme politique devenant consciemment ou inconsciemment totalitaire. Et qu’importe à vrai dire ce qu’il y met de calcul ! La culture du « salut par l’Etat » - à laquelle succombe, y compris pour de bonnes raisons, un peuple qui se sent abandonné – constitue un danger, non seulement pour la démocratie mais pour la personne humaine.

    Que par ailleurs ce protectionnisme vienne s’inscrire dans une démarche technocratique habituellement centrée sur l’économie ne fait qu’y ajouter la perversion d’un marchandage qui ne dit pas son nom : votre survie contre la liberté ! Mais le « confinement », s’il renvoie chacun à chacun, peut aussi bien nourrir le sentiment d’une perte que dissimule à sa façon la vie sociale dite normale.

     

    Qu’en effet la pensée de « l’autre » - comme celle du pain quand il manque à l’occasion d’une guerre – vienne chercher sa place dans la solitude obligée pourrait être le bénéfice d’une situation à laquelle s’attacherait le mérite d’échapper non seulement au virus, mais au bruit qu’on en fait et qui paralyse la pensée.

     

    Comme l’isoloir réservé au vote, le confinement citoyen, hors des simulacres du bonheur consommable et des slogans de la foule, pourrait alors redonner le goût de la liberté à celles et ceux qui se la font dérober sous les meilleurs prétextes. Mais sans doute le remède peut il être pire que le mal. « L’exode » et les réflexes défensifs du repli sur soi – dès lors qu’en effet s’efface la vraie vie sociale – peuvent n’être qu’une fuite en avant. Le « retour » - comme on l’a vu lors de la dernière guerre, peut se solder par une demande accrue de protection.

     

    L’angoisse des peuples profite à de prétendus sauveurs. Une pensée conjointe de la solitude et du lien social exige la capacité d’accéder à un « lieu psychique » qui abrite le sentiment de liberté. La vie post moderne et ses prisons dogmatiques n’en facilitent pas l’existence. L’idée d’une intégration librement choisie – soutenue par une minorité active de jeunes et de moins jeunes – en favorise ici et là l’émergence. La remise en cause des « élites » et de l’Etat, sans parler de l’Eglise, dans un pays qui les a longtemps idéalisés, révèle un besoin profond, sans doute irréductible au modèle connu des révoltes qui en ont déjà été historiquement l’expression.

     

    Il serait en tous cas hasardeux pour nos gouvernants d’espérer noyer ce poisson en dramatisant une épidémie opportune et qui en cache beaucoup d’autres ! Pour que le peuple soit rendu au Peuple, chacun doit l’être à soi par sa propre démarche d’ouverture au monde.

     

    Jean-Pierre Bigeault, Le 17 mars 2020 NB – Paris vide et « sous contrôle » dégage un triste parfum d’«Occupation », pour ceux qui, comme moi, ont vécu les tristes suites de la Débâcle en 1940…

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    Coronavirus / le ressenti

     

    3 points : d’une part, 2 évidences me frappent depuis le début de l’expansion de cette épidémie ; et puis, une réflexion me vient a posteriori.

    1ère évidence : alors que l’on n’entend guère que depuis hier (surtout) les échos de la catastrophe sanitaire qui couve à Lesbos et l’alerte plus générale du HCR, le drame des déplacés concentrés dans des camps très largement répartis dans le monde devrait, depuis le début, obséder tous ceux qui se veulent des observateurs exigeants. Je suis effaré par le délai avec lequel cette question est arrivée sur le devant de la scène.

     

    2ème évidence : il est admis que cette épidémie est une épizootie (elle trouve son origine dans sa transmission à notre espèce à partir d’une autre espèce animale). À ce titre, elle accompagne une évolution biogéographique qui n’est qu’un volet de l’évolution économique responsable de la catastrophe en cours sur la biodiversité, patrimoine majeur - mais inassumé - de l’humanité. Dans le flux de la mondialisation, l’arrivée de pathogènes nouveaux pour notre région n’est qu’un effet pervers du fantastique bouleversement actuel des milieux naturels, et l’on aurait tort de raisonner spécifiquement sur Homo sapiens : par exemple, si l’on jette un œil sur la faune des invertébrés présents en France, l’augmentation très rapide du nombre d’espèces de ravageurs agricoles potentiels (les pucerons, par exemple) est impressionnante. Ainsi, la réduction et la pénétration toujours plus intime et fréquente d’écosystèmes dont nous n’importions que peu de choses ou en moindres quantités nous exposent à des risques nouveaux, ici un virus de chauve-souris semble-t-il.

     

    On peut voir cela comme une revanche tardive des vaincus de la colonisation : après que ces hommes aient été anéantis ou, au mieux, décimés par les pathogènes européens de nos maladies les plus banales, après que leurs milieux de vie aient été ruinés et bouleversés par la généralisation des cultures coloniales, le flux des pathogènes s’inverse. Et ce ne sont pas les conséquences des changements climatiques (fonte des sols gelés de Russie...) qui seraient de nature à nous rassurer sur l’avenir proche.

     

    Ce développement (bien évidemment déplacé et bâclé, mais je réagis là sans prendre le temps nécessaire à une synthèse satisfaisante) vise simplement à mettre en évidence que cette épidémie de coronavirus ne doit pas seulement être examinée dans sa spécificité. Elle s’inscrit d’abord dans une dynamique historique dont elle marque simplement une étape particulièrement spectaculaire pour nous.

     

    Pour mémoire déjà, on a connu récemment l’arrivée du moustique tigre et les épidémies de chikungunya, de dengue, ou du virus Ebola... Et après ? C’est une question à laquelle devraient répondre, notamment, les hommes d’état.

     

    Or même sans entrer dans le débat des critères de qualité de la vie, et quelles que soient les passes tauromachiques auxquelles se livrent les croyants de toutes obédiences, religieux ou laïcs, pour éviter d’évoquer ou pour cacher l’essentiel, il n’en demeure pas moins que tout au fond du problème, la cause première et décisive réside dans l’évidence d’un blasphème : les effectifs de la population humaine sont désormais trop élevés. Après croître et multiplier, réduire et diviser ? Comme pour le nucléaire, on peut certes compter sur le progrès, mais à quel prix ?

    3° Ma réflexion a posteriori (je sais, ce n’est pas original) est qu’il s’agit pour chacun de nous d’une expérience personnelle unique pour notre milieu et notre génération. Il y a là matière à création littéraire, également.

             

    Vincent B

    19 mars 2020

     

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    En ces temps « difficiles » où les mots parfois voient leur sens glisser jusqu’à introduire et entretenir la plus grande confusion, nous accueillons ce témoignage d’un dramaturge syrien réfugié en France.

     

    Les nuits de Homs

     

    Une femme dans la cinquantaine, vêtue de noir, comme ce fut le cas de la plupart des femmes en Syrie depuis le début de la guerre. Homs avait une certaine particularité aux yeux des syriens! Ses habitants ont connu les atrocités de la guerre surtout lorsque les groupes armés ont occupé, depuis 2012, des quartiers en plein centre-ville. Naji avait demandé à cette enseignante la permission d’écrire un témoignage par rapport à ce qu’elle vivait dans son quartier Al Zahra, tout près des zones contrôlées par le groupe armé Al Nosra.

     

    Ses yeux étaient imprégnés par une tristesse éternelle, inexprimable, une tristesse qui résumait celle de l’humanité. « J’ai perdu un de mes enfants », disait-elle avec amertume. Naji fut ému, il était démoralisé, restant bouche bée devant cette femme dont la vie a été gâchée à jamais. « Ces terroristes de merde, ne sont pas des humains comme nous.

     

    Non, impossible! Nous, nous enseignons leurs enfants et eux, ils tuaient nos enfants! », a –t-elle conclu. Face au silence terrible, hostile et effrayant, elle s’est souvenue des nuits où son quartier était exposé au danger d’une guerre à priori infinie. Elle ne faisait que haïr ces souvenirs qui revenaient empoisonner sa force d’imagination.

     

    En 2012, à Homs, les nuits n’étaient pas des nuits ordinaires où les gens passent des soirées conviviales. Sa région était proche d’une zone de combat; une zone maîtrisée par les terroristes d’Al Nosra; une zone qui recevait par jour des cadeaux du ciel sous forme de bombes de mortiers et de missiles frappant sur la porte du malheur des habitants du quartier.

     

    Quand la nuit venait, la peur s’aggravait, une peur accompagnée d’un silence néfaste, porteur d’imprévus. Les gens avaient peur de l’éventuelle intrusion d’un groupe armé dans leurs quartiers où ils peuvent commettre tout acte d’horreur.

     

    Quand ces terroristes abordaient les maisons des civils, ils tuaient des hommes, mettaient le feu dans des maisons, pillaient d’autres, enlevaient des femmes, massacraient des enfants et des personnes âgées. Pendant les tirs intensifs, un certain sentiment de satisfaction se répandait entre les habitants de Homs, disait-elle à Naji, sachant au moins que la guerre, les affrontements ont lieu ailleurs, loin d’eux, or, ils passaient la nuit à prier le bon Dieu pour que les jeunes qui protégeaient le quartier puissent faire face à ces barbares et les repousser autant que possible.

     

    Au premières heures du matin, quand les combats s’éteignaient, laissant quelques souffles pour compter les dégâts, savoir qui a été enlevé ou tué dans les abysses du silence, de l’abandon et de l’obscurité elle se dit avant de se livrer à un sommeil profond : « Du soleil, oui de la lumière, encore de la lumière et que la nuit des ignorants disparaisse à jamais ».

     

    Tandis que cette femme parlait, Naji se sentait démoralisé, dépaysé, il se mit à prendre des notes, sous les coups de ces paroles amères qu’il recevait avec tant de gêne. Il reconnaissait dans ce témoignage certains passages qu’il a déjà entendus de la part d’autres personnes qu’il avait rencontrées auparavant et qui avaient fui les zones contrôlées par les groupes armés.

     

    Cette figure réfugiée dans son propre pays le hantait, « nous sommes devenus des réfugiés dans notre propre pays ! », se disait-il en prenant de temps en temps des notes.

     

    Mountajab SAKR

     

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    JE M’APPELLE CORONAVIRUS. Vous me connaissez déjà. Je suis venu pour défendre la vie, contre vous êtres humains qui ne cessez pas de détruire la vie, avec votre arrogance et stupidités.

     

    Vous pensez que du bien de vous "Je suis le Roy de l'univers, je suis le tout puissant, je peux faire tout ce que j'ai envie de faire, la guerre, contaminer la mère Nature, tuer, effacer de villages entiers avec mes bombes, tout m'apporte de l'argent, le reste ce n'est pas mon problème,Moi Coronavirus, je n'attaque pas la flore et la faune, ni le ciel, ni la beauté de la planète, j'attaque l'ennemi numéro1 de la vie. Le bipède carnassier, guerrier, l'être humain, celui qui a abandonné tous les principes de préservation de la vie, de votre propre Vie!

     

    En se comportant comme un vrai dictateur tyrannique qui a tous les droits dans ce jardin céleste qui est la planète Terre! J'espère qu’après cette claque que je suis en train de vous donner, vous allez devenir plus humble, que vous allez établir un dialogue véritablement humain! Avec le reste des êtres vivants, à partir du micro univers jusque la macro univers. Vous n'êtes pas seuls dans ce monde !

     

    Tout organisme vivant sur terre, souffre ce que vous souffrez et ils ont la joie de vivre chaque jour comme vous l'avez aussi. Je ne suis pas encore aux termes de mes châtiments. Vous avez manqué d’humanité, et d'amour ! Faites attention je vous conseille de rester chez vous " Croyants ou pas croyants faites une chaine énergétique de prières et que cette catastrophe qui s'abat sur vous, puisse vous servir de leçon positive, Je l’espère! "

    Pablo Pobléte

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    49-3 ou 1789-6 ? Un régime politique de partisans ou de représentants ?

     

    Dans notre douce France où l’on vante volontiers les charmes et les mérites du « dialogue social » entre les partenaires sociaux, l’adoption d’une loi sans vote du Parlement sur le texte en cause a de quoi surprendre. Elle est cependant possible par le jeu de l’article 49-3 de notre Constitution (1).

     

    C’est ce qui s’est passé à l’occasion du projet de loi portant réforme des retraites. C’est dire que pas plus que le consensus n’avait été recherché par le Gouvernement avec les syndicats des salariés, sur le terrain politique institutionnel, aucun consensus, au niveau du Parlement, n’a été recherché sur une réforme pourtant aussi fondamentale touchant à notre Pacte social issu du lendemain de la Libération.

     

    I/ Cette attitude disruptive de la part du Gouvernement est paradoxalement d’autant plus troublante qu’elle s’inscrit dans une suite de réformes sociétales de ces dernières années, la plupart fondées sur le contrat civil, manifestant un accord de volontés et exprimant une certaine solidarité née de l’échange des consentements des partenaires (PACS, mariage pour tous).

     

    À l’inverse, cette pratique du 49-3 constitue un exemple d’adoption d’une loi par non consentement mutuel, bref à la hussarde. Les amendements, les discussions au sein du Parlement sont considérés par l’Exécutif comme une perte de temps stérile et assimilés négativement à une forme d’obstruction.

     

    Mais à quoi sert un Parlement s’il ne doit plus y avoir de débats en son sein et de dépôt d’amendements pour modifier le texte originel gouvernemental, et à quoi servent les droits des députés minoritaires à l’Assemblée nationale si on leur dénie le droit de s’opposer au Gouvernement et à sa majorité au prétexte qu’ils les gênent et les contrarient ? Bref, les députés contestataires ont le tort d’être en désaccord avec le Gouvernement et sa majorité parlementaire…

     

     

    Dès lors, le texte adopté, au terme de la mise en œuvre du 49-3, n’est plus que l’expression d’une volonté partisane car le Parlement, dans sa totalité, ne se prononce pas sur le texte. Seuls se prononcent les députés qui, par le dépôt d’une motion de censure (2) et son vote, manifestent leur volonté de censurer le Gouvernement qui a engagé sa responsabilité sur un texte, à son goût, vraiment déjà trop discuté et disputé. Les autres, qui soutiennent le Gouvernement, ne se prononcent pas, se bornant à se croiser les bras, en signe de leur soutien apporté au Gouvernement, selon l’adage bien connu, et surtout effectivement vérifié cette fois : « qui ne dit mot consent ».

     

     

    Et encore, si certains députés votent-ils ce n’est pas sur le texte lui-même mais exclusivement sur la motion de censure qui a été déposée car si aucune motion de défiance contre le Gouvernement n’est déposée, le texte est alors considéré comme adopté. Formellement, l’avenir du texte de loi est seulement lié lui-même au dépôt d’une motion de censure puis à son adoption.

     

     

    C’est dire qu’à l’issue du 49-3, lorsque le texte est considéré comme adopté sans vote des députés sur sa teneur, le texte de loi qui en résulte relève essentiellement de la volonté politique de l’Exécutif (Président et Gouvernement) s’appuyant sur sa cohorte de députés partisans, ce qui ne correspond qu’à une fraction très politiquement orientée du Parlement.

     

    Ces députés zélés dans la défense de leur camp, dociles et soumis à la volonté de l’Exécutif, sont davantage inféodés au Président que soucieux de la recherche de l’intérêt général, ce qui normalement devrait être leur rôle et même seule préoccupation.

     

    II/ Or l’article 6 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789 dispose que « La loi est l’expression de la volonté générale. Tous les Citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants, à sa formation. » C’est dire que pour nos ancêtres de 1789 une loi ne peut être adoptée que par référendum - en convoquant alors tous les Citoyens aux urnes -, ou par les « Représentants » des Citoyens (aujourd’hui nos députés et sénateurs).

     

    Une loi ne peut donc être adoptée que si les Citoyens ont « concouru à sa formation » en se prononçant soit directement eux-mêmes sur sa teneur, soit en habilitant leurs Représentants – dans le modèle parlementaire - à l’adopter en leur nom.

    Ce n’est que si l’une ou l’autre de ces deux modalités de formation de la loi sont utilisées que la loi est bien, alors, « l’expression de la volonté générale ».

     

    La Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 ayant été intégrée dans le préambule de la Constitution de 1958, et celui-ci faisant partie du bloc de constitutionnalité, l’article 49-3 - qui permet l’adoption d’un projet de loi gouvernemental sans vote sur le texte de la part du Parlement (où siègent les Représentants des Citoyens) - n’est donc pas conforme au modèle démocratique de la formation d’une loi au moins tel qu’il résulte de l’article 6 de la Déclaration précitée.

     

    CONCLUSIONS

    L’intérêt général dont la loi doit être l’expression ne saurait se confondre avec l’intérêt partisan d’un mouvement politique dont la marche, loin d’être républicaine, conduit tout droit au césarisme se caractérisant comme une forme de régime autoritaire.

     

    Or la démocratie s’accommode mal du césarisme.

    L’article 49-3 - qui est un article abusivement « constitutionnel » car contraire aux grands principes constitutionnels de notre Droit de 1789 et des démocraties représentatives - doit donc être abrogé.

     

    Mais, au-delà de l’abrogation nécessaire de cet article, plus globalement, le choix est entre le maintien des principes fondamentaux issus de la Révolution de 1789 ou le maintien de la suprématie d’un pouvoir exécutif fort, incarné dans la personne du Président, inauguré dans le climat antiparlementaire de 1958 et qui, même après le départ, en 1969, du fondateur de la 5ème République, n’a cessé de poursuivre une course ascendante désastreuse pour notre République définie pourtant comme « démocratique et sociale » par l’article 1er de notre Constitution.

     

    L’article 2 de cette même Constitution rappelle ensuite le principe régissant notre République :

    « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ».

     

    Comme l’a montré le mouvement des Gilets Jaunes, la double crise sociale et politique - crise d’adhésion et de confiance - qui secoue notre système représentatif depuis plusieurs décennies nous fait une ardente obligation de revoir le fonctionnement de nos institutions pour renouer avec les fondements de la démocratie qui ne saurait se réduire au choix, tous les 5 ans, d’un Président, c’est-à-dire d’un homme supposé « providentiel », mais qui, comme l’ont montré les choix et les mandats de nos derniers présidents, ne sont plus crédibles ni légitimes au bout seulement de 2 ans d’exercice du pouvoir dans le meilleur des cas.

     

    Outre son côté infantilisant - le choix périodique d’un Président, entouré d’une cour, qui se trompe souvent, mais doté de pouvoirs exorbitants -, le régime politique de la 5ème République, à force d’avoir voulu faire de la stabilité sa seule force, est aujourd’hui à bout de souffle, et il est nécessaire non plus de le réformer - comme ce fut le cas avec les quelque 25 réformes périphériques successives qui, en maintenant sa nature autoritaire, ne sont jamais allées à l’essentiel - mais d’en changer radicalement pour en établir un autre qui soit fondamentalement républicain et démocratique.

     

    Louis SAISI

    Paris, le 22 mars 2020

     

    NOTES

    (1) Article 49, alinéa 3 ou 49-3 (Constitution du 4 octobre 1958) :

    « Le Premier ministre peut, après délibération du Conseil des ministres, engager la responsabilité du Gouvernement devant l'Assemblée nationale sur le vote d'un projet de loi de finances ou de financement de la sécurité sociale. Dans ce cas, ce projet est considéré comme adopté, sauf si une motion de censure, déposée dans les vingt-quatre heures qui suivent, est votée dans les conditions prévues à l'alinéa précédent. Le Premier ministre peut, en outre, recourir à cette procédure pour un autre projet ou une proposition de loi par session. »

    (2) Mécanisme de la motion de censure : Article 49, alinéas 1 et 2 (Constitution précitée) :

    « Le Premier ministre, après délibération du Conseil des ministres, engage devant l'Assemblée nationale la responsabilité du Gouvernement sur son programme ou éventuellement sur une déclaration de politique générale.

     

    L'Assemblée nationale met en cause la responsabilité du Gouvernement par le vote d'une motion de censure. Une telle motion n'est recevable que si elle est signée par un dixième au moins des membres de l'Assemblée nationale. Le vote ne peut avoir lieu que quarante-huit heures après son dépôt. Seuls sont recensés les votes favorables à la motion de censure qui ne peut être adoptée qu'à la majorité des membres composant l'Assemblée.

     

    Sauf dans le cas prévu à l'alinéa ci-dessous, un député ne peut être signataire de plus de trois motions de censure au cours d'une même session ordinaire et de plus d'une au cours d'une même session extraordinaire. »

    Louis SAISI

    ***********************************

    Trois réflexions dans la clarté du silence.

     

    Je n’ai pas connu la guerre. Pas les catastrophes naturelles.

    Ma vie a toujours été
    protégée, est toujours restée intacte. Ne serait-ce pas étrange que je sois toujours épargnée ?

    Et encore ce n’est pas grand-chose. Ce n’est pas la famine et nosmaisons sont confortables.
    Et si cette épidémie était au fond notre grande chance ? Et si jamais il était vrai
    que certains l’ont produite à dessein – et ce en prenant soin d’épargner lesenfants, d’épargner tous ceux qui sont pleins de vie, et d’épargner le fœtus dans le ventre de sa mère et n’aurait-ce pas été pour l’immense bien de l’humanité ?
    De cette humanité qui autrement ne saurait plus stopper sa folle course.
    Tout pourtant, en ce début de printemps, semble nous le rappeler.
    Et encore ceci :
    Toute voie spirituelle nous apprend que notre plus haute destinée est de devenir
    simples. De nous reconnaître nous-mêmes comme dans un miroir, d’y reconnaître
    notre véritable condition. Après avoir démasqué tout le superflu, tout ce qui s’interposait sans cesse entre nous et ce seul réel qu’est l’instant présent.

     

    Prenons ces semaines comme un excellent exercice !

    Ursula Beck

    *****

    Monologue A.

    Je parle seule dans la rue et je parle seule dans mon lit. En fait j’ai tout compris, tout le monde parle seul. Surtout seule au féminin, et je parle sans témoins ! Comme tout le monde bien entendu, nous les femmes davantage. Mon seul avantage est de l’avoir compris, je poursuis mon soliloque, je parle et je m’engueule, et parfois je me félicite. Je me dis tu parles seule qu’est-ce qu’ils ont à me regarder ? Ils parlent avec qui, avec qui ils parlent ? Et de quoi et surtout pourquoi faire ? Le monde roule à l’abîme ! Tout est inutile et rien ne sert à rien. On fait semblant de te comprendre, on fait semblant de t’écouter, moi je poursuis mon chemin. Je suis la seule à le parcourir, je suis la seule à le connaître et la seule à le découvrir.

     

    Celui de la vérité de ma solitude qui descend jusqu’au langage et s’incruste dans mes pieds. En fait je suis un arbre et je parle par mes branches, par mes fleurs. De seule à seule. Sans témoins qu’importe, la nuit m’apporte la rosée. Je marche dans la rue je m’imbibe de la nuit, je marche le jour en parlant seule -on m’appelle la folle- et je laisse la foule à ses tracas. A ses soucis, à ses problèmes, à ses soliloques personnels.

     

    Oui je parle seule, la nuit m’imbibe de rosée, les pétales de mes fleurs ne sont pas mes mots, ce sont moi-même et mes fleurs. Je suis mes fleurs, les mots sont là pour m’aider à attendre la rosée, ou la lumière du soleil. Je bois la nuit, je bois la Seine, et je parle seule parce que personne ne comprend. Sauf peut-être le vent qui emporte mes mots. Un autre arbre les écoute, un autre arbre les reçoit dans le silence, ou une fleur oubliée dans un pot de pacotille. Ou la lune qui m’envoie ses baisers, je ne sais. Comme je ne sais rien je parle seule et je m’entends. Je suis la fleur de mon soliloque, et le fruit de la rosée.

     

     

    Miguel Angel Sevilla

    ****************

     

  • Chronique du Temps Présent/Quarantaine Poétique II

    /Poésies

      İmage de Ernest Puerta

    Poete de l'image

     

     

    Nudité

     

    Faim

    d'une écharpe de mots

    proférés

    par toi l'inconnu autre

    Interdit

     

    Nudité

    d'un corps

    les mains devant pubis

    croisées

     

    Nudité

    des corps

    bras ballant

    pieds bleuis gonflés par l'eau glacée les insectes fourmis les guêpes

    tavelés de boues d'excréments

    Corps taraudés par l'idée du smilodon guettant

    leurs os

    plus légers que le vent

    leur peau

    tout enflée de soleil

    Obsédante

    derrière le bosquet blond juste pourvu en fruits

    l'idée

     

    Nudité

    transparence du temps

    Le soleil se répand

    Le chien erre

     

    Nudité

    Les cerisiers en fleurs

    leurs bouquets

     

    Nudité

    mains détachées des corps

    paumes palpant

    la cloison invisible

    L'oeil regarde Là-bas

    Interdit

     

    Les doigts se blessent

    le front saigne

    un corps tombe

    Nudité

     

    Tant de beauté

    du ciel du chant de la feuille qui s'ouvre des fleurs de forsythias tonitruant leur jaune

     

    Sommeil lourd

     

    La flèche de Zénon

    Immobile

    Qui sait

     

    Dormance

    Catherine Jarrett 23 mars 2020

     

     

    Sois sage

     
    Sois sage, ô mon amour

    Et tiens-toi tranquille

    C’est ce que je me dis

    Chaque matin

    Une prière païenne

     

    Il me faut vivre avec

    Le connaître

    L’apprivoiser

    Lui faire de la place

    Le regarder en face

     

    Tenter petit à petit

    De vivre avec

    Et vivre sans

    L’accepter

    L’ensemencer

     

    Ce poison

    Est aussi le remède

    La fragile alchimie

    Entre angoisse et création

    Entre vivre Et mourir

    Marie-Claire Mazeille


    aux confins de l'absurde

     

    au détour d’une réflexion
    on arrêta un homme d’esprit
    pour atteinte à la pensée majoritaire

    n’écoutant que son code
    avec zèle et courage
    la justice le prévint
    prévenu il fut promu détenu
    tenu d’occuper une cellule libre
    pour y être confiné

    pour se détendre
    il fit le vide dans son esprit
    on vit alors un esprit vide
    dans une cellule occupée

    l’esprit ayant horreur du vide
    il pensa aux blessures de la liberté
    et réveilla l’esprit public assoupi
    une opportune levée de boucliers
    conclut à une salvatrice levée d’écrou

    on vit alors un esprit libre
    restituer une cellule libre

    la société marchande en prit ombrage
    elle lui enjoignit de s’occuper
    sous peine d’être derechef privé de liberté
    nonobstant elle s'enquit de rechercher
    un nouvel occupant à confiner

    si l’esprit a horreur du vide
    la justice déteste la vacuité
    comme quoi l’esprit et la justice ont
    parfois des goûts extrêmement voisins


    Mario Urbanet
     

    Besoin

    Besoin de refaire de refaire un cri

    Je n’ai rien

    Je veux refaire
    Pouvoir sentir un cri

    C R I S mais je veux

    Rire

     

    Electrises-tu ?

    Un cri qui court « short » et dur dur la vie qui dure

    Espièglerie rire de toi ton cri

    Crissement hérissement / irisement iriser / rugissement

    Il est court puissant

    Il est sourd espiègle

    Sournois et lent

    Lentement s’étend s’entend s’éteint rapidement

    Tendrement ?

    Un cri lent aigu de joie pour rien

    Pour rire

    Me taquines-tu, mes yeux-lumières mon corps

    Electrises-tu ?

    Oui or oui or si lent « silent » sous silence

    Soupirs épatants

    Et parlant de toi le corps est là

     

    Lent étendue

    Joyeux Sérieux vif et lisse

     

    Envole-toi ébats toi Là-bas ton corps éperdu du lointain

    soupir non non souriredu lointain sourire

    comme une étoile un cri et toi

    Un cri et moi émoi lent émoi lent

    Et moi lent Et nous

    Emouvants

    Crions au vent crions-lui. Eperdus!

    Ecrits de joyeuseté

    . C’EST MOI QUI TE DIRIGE ET TU IRAS

    LA OU JE SOUFFLE

    C’EST MOI

     

    Eventail Portail Portrait

    Et cri de joyeuseté

    le vent de joie tourne autour de moi

    le vent de toi pour te rencontrer

    Eventrer en moi

    Et ça dure dur de tenir tête

    Mais C’EST MOI QUI TE GUIDE

    et puis laisse moi. Je n’ai pas besoin

    Laisse moi. Je ne ressens pas ce besoin

    de crier. A toi

    FACE DU MONDE.

     

    Amaëlle BROUSSARD Bordeaux, le 6 mars 2020

     

     

     

     

    La Grande Peste


    poème grinçant burlesque

    « tout le monde le savait, sauf les morts »
    Albert Camus

     

    J'ai allumé
    la télé
    pour connaître l'heure de ma mort
    ils savaient pas, alors,
    ils ont* créé un Comité

    Scientifique
    d'Experts
    d’Éthique
    de Solidarité Patriotique
    et ils m'ont dit : ne vous inquiétez pas
    on va délibérer

     

    J'ai fermé
    la télé
    parce que le ciel était très bleu,
    les mimosas en fleurs
    et j'ai pris mon auto, j'ai contourné
    les barrages de flics
    et je suis arrivé à la mer

     

    l'océan était calme et doux
    le sable, blonde
    la dune
    et le soleil brillait comme jamais,
    les femmes auraient été très belles
    s'il y en avait eu

     

    J'ai regardé la mer
    me suis assis au bord de la baïne
    et attendu
    Chez moi, dans la boîte aux lettres, peu après,
    il y avait une lettre
    du Comité d’Éthique
    Scientifique

     

    Jean-Pierre VILLEBRAMAR

     

    18 mars 2020
    note de lecture : *prononcer " ilzon"

    **************************

    Catalogne Catalunya

     

    Dans ma vallée, on entre par une route étroite et dangereuse

    ni questionnaire, ni douanier

    ceux qui passent savent qu'il y a danger

    ils passent

       

    Dans ma vallée, les chemins montent vers des cortals*,

    en 39, des gens avec des noms pas de chez nous

    posaient leur sac

    quand ils en avaient un

    dans ma vallée, il y a des clandestins et des passeurs,

    les gens

    ne sont ni saints, ni des héros, , restés

    de la dernière guerre ; il se dit qu'un guerrillero

    seulement

    des paysans têtus

    avec un fusil-mitrailleur

    a ralenti une colonne de soldats venus de l'étranger

    elle a fini par arriver au village, et l'a brûlé

    mais il n'y avait personne dans les rues, ni dans les maisons,

     

    pour y brûler avec,

    et ils sont revenus**

     

    Dans ma vallée, il n'y a pas de savants

    en physique des particules,

    le temps coule comme bon lui semble,

     

    les humains naissent, aiment et se détestent, puis meurent

    sans y faire d'histoires

     

    les vivants savent : « c'est le champ d'Untel », (ou d'une telle)

     

    , il avait mauvais caractère et un fusil de chasse

    calibre 12, avec du petit plomb

     

    sur le feu, la cuisine du soir

    un verre de café sur la table

    pour celui qui montait les voir,

    et des histoires de voisins, ça faisait rire

    des fois, pas gentiment

     

    dans ma vallée, on entre par une gorge étroite et dangereuse

    il n'y a pas de panneau « danger »

    ceux qui montent savent qu'il y a danger

     

    ils passent

     

    Jean-Pierre VILLEBRAMAR

    Mars 2020

     

     

     

    Haines

     

    Une liane s’enroule, mât des exécutions

    Terres, vagues, sables d’exils

    Les yeux vers le ciel, même à verse

    Plus supportable

    Que voir les corps à même la boue

     

    Un piano tout noir

    Des touches claquent

     

    Une liane court, murs, tessons et béton

    Seule, agrippe l’air libre

    Écouter le ciel, même noir

    Plus supportable

    Qu’entendre les cris à l’intérieur

     

    Une feuille blanche

    Des mots silence

     

    Une liane se dresse, grillages hauts

    Une maille à l’envers, une maille de non droit

    Déchirer le ciel, même de feu

    Plus soutenable

    Que recoudre les chairs lacérées

     

    Un piano tout noir

    Des touches claquent

     

    Une liane s’étire, s’enfonce

    Chaux, glaise, charniers

    Hurler, au ciel d’orage

    Plus soutenable

    Que célébrer les sépultures

     

    Une feuille blanche

    Des mots silence

     

    Une liane rampe, décombres

    Poussière, sang, néant

    Commémorer l’histoire

    Plus justifiable

    Qu’empêcher celle du présent

     

    Des mots claquent

    Des touches silence

     

    Marie-Claire Mazeillé

    extraits de Lettres au Veilleur - L’Harmattan Poésie(s) - nov. 2019

     

     

    en clair le confinement à la campagne telle la peste d'Artaud a sévi sur le terroir et les chiens et les loups sortent des canopées célestres, l'enfant, oui , même l'enfant est au prise avec le doute , la petite fille elle ne chante plus l'insouciance , son répertoire est maintenant militaire, le hululement de picsou est pire que le percepteur ; bref la tempête autour de moi fait moins de bruit que le goutte à goutte de la perfusion du COVID sur notre chair nation . Je ne puis te décrire l'atteinte qu'en ces lieux le vide and co produit, seul j'inspire et mes pauvres poumons siphonent l'air frais                                                     

                                                                                                             

                                      Serge Papiernik

    Dans le parc


    Le matin mord mon visage
    Les tourterelles appellent l'enfance sur les branches des arbres
    Les feuilles crissent dans le vent qui promet l'automne.
    Moi et ma mère morte depuis 5ans
    Nous nous promenons main dans la main dans les allées du parc frissonnant.
    Sous l'éclat claire et froid de la pluie
    Ma mère pleure:
    -Pourquoi ma fille?
    De l'échancrure de de l'œil gauche je bois ses larmes douces:
    -Ma mère ainsi va le monde! Va! va!
    Sa main de cendre blancs tombe sur ma tête et elle s'en va
    Poser les même questions à son père
    Mais surtout lui demander d'arrêter la pluie et les larmes sur le cœur tendre.
    Dana Mutiu
    dana mutiu-stoica <BR>

    ****************************************

    L’autre côté de la mer

     

    Chaque nuit, l’ordre du monde s’inverse ; l’horizon crève sous l’assaut des vagues et la mer monte jusqu’ici, aux lieux sans gloire de l’exil

    Alors les bateaux me portent d’un rêve à l’autre et je sens trembler leurs membrures au passage du jour

     

    Le songe est si concis, si minutieux que mes navires n’accostent qu’à des ports dont j’ai rajusté mille fois le dessin ; et je libère tous les oiseaux de mer habitués de mes livres

     

    Ainsi, le jour ne faiblit pas, mais s’éparpille entre les arbres du matin et les fièvres d’après-midi ; letemps se propose à tout faire, versatile et fugace, mais il charrie des parfums si puissants que j’en frissonne,

     

    Et la mer,doucement, me dédie d’improbables rivage .

    Pierre GOLDIN

    17/18-03-20

    *************************************************

     

    Rues

    A vous seules

    Impénétrables de durée en vos avalanches de vide

    Rues

    avides soudain de vous bien traiter

    sur toutes vos étendues de séparation

     

    Rues

    De cette perspective amoindrie

    du désir d’aller

     

    Rues

    Scellant l’errance de conversations

    A leurs sources

    Rues

    Vous voilà dépendantes des adieux

    et l’herbe espiègle entre vos pavés

    Respire l’absurde

     

    MAIS MA RUE…

    Découverte

    Délaissée des pas qui l’éduquent à la vie


     

     

    Il est certes un regard qui lie la lumière à l’exil

    mais ma rue ne sera pas un enclos dans le vol

    de la corneille sur sa branche de torpeur

     

    Je t’aime

    mon rassemblement

    ma manif

    Par tous les pores de ma rue

     

    Attardes-toi dans ma langue

    vas sans crainte

    Leurs guerres sont rentées dans leurs couvées

     

    Nous sommes loups du plaisir enfiévré

    de nous sentir comme bêtes sans patience

    pour vos gardes-forestiers

     

    Ma rue

    Au pays lointain de l’autre

    Je n’emprunte plus que la voie libre des mots

    Qui souterrainent ta levée.

     

    quarantaine poétique /Jour 2

    Philippe Tancelin

    **********************************

    aux confins de l'aburde

     

    au détour d’une réflexion
    on arrêta un homme d’esprit
    pour atteinte à la pensée majoritaire

    n’écoutant que son code
    avec zèle et courage
    la justice le prévint
    prévenu il fut promu détenu
    tenu d’occuper une cellule libre
    pour y être confiné

    pour se détendre
    il fit le vide dans son esprit
    on vit alors un esprit vide
    dans une cellule occupée

    l’esprit ayant horreur du vide
    il pensa aux blessures de la liberté
    et réveilla l’esprit public assoupi
    une opportune levée de boucliers
    conclut à une salvatrice levée d’écrou

    on vit alors un esprit libre
    restituer une cellule libre

    la société marchande en prit ombrage
    elle lui enjoignit de s’occuper
    sous peine d’être derechef privé de liberté
    nonobstant elle s'enquit de rechercher
    un nouvel occupant à confiner

    si l’esprit a horreur du vide
    la justice déteste la vacuité
    comme quoi l’esprit et la justice ont
    parfois des goûts extrêmement voisins
    Mario Urbanet

     

    *****************

    Parfois
    au gré des vents
    d’ici
    avalés par ton sang
    par tes âges tes lèvres qui ne se cabrent plus sous la pente du souffle
    tu marches

    Le chemin de halage
    t’enlise
    sous l’épave d’un nom
    l’épreuve du sable creux au boudoir des mondes
    emprunte une quiétude poussive
    qu’amenuise l’ennui

    La distance de ton front à le terre
    est cette démesure
    au regard des hommes
    cette insistance ronde comme une nuit sans aube
    à abjurer ta peur
    bouche épaisse de vie
    dans le bruit de ton corps
    comme un soldat ferreux
    dans la rouille du feu

    Mais les champs recommencent
    sur la plaie de la terre
    et recommenceront

    Dans le froid de ta chair s’épouse encore l’oubli

     

    Carole Carcillo Mesrobian

    ****************

     

    (Extrait du livre-poème "Fils de Mossoul")

     

    Je t'ai baptisé fils de Mossoul

    parce que tu portes en toi

    tous les fils de Mossoul

    et tous les enfants d’un monde

    en guerre

    même si tu ne le sais pas

    même si tu ne le penses pas

    parce que tu n'as pas l’espace

    ni le temps d'y penser

    au milieu de l’horreur d’un passé actif

    et cette horreur d’un présent faussement passif

    de géante photographie charnelle

    calcinée

    d'un témoignage désolé

    fumant son gémissement

    le plus réel des gémissements

    de cette apocalypse interne

    perçant l'ombre

    de ton ombre

    et l'ombre planétaire

    de notre propre suicide planétaire

    ce cela qui est resté disperse

    et regroupé dans les salles d'étude

    hôpitaux anthropologiques

    maternités archéologiques

    salles d'opération sociales explosives

    dans des pages d’histoires

    feuilles de menthe

    la science et l'astronomie

    la théologie du Coran

    la mathématique de la Bible et la Torah

    dévorées par les bactéries

    les virus et les rats

    Pablo Pobléte

     

    ***************************

    Souvenir de la peste

    Quand la peste a frappé aux portes de la ville,

    et que les experts, astrologues, rebouteux et chiromanciens

    ne servant à rien,

    il a fallu faire appel à tous les médecins,

    Harpagon, par miracle,

    a recouvré la vue

    et remis la main sur la cassette

    qu’il avait cachée

    au fond du jardin.

    Francis Combes

    le 17/03/2020

    ********************************

    À la fenêtre

    La petite fille saute à pieds joints Sur les cases imaginaires De la marelle du temps, Sur les postillons du nimbus, Déséquilibrée entre ciel et terre. Le jardin fleurit le long du cimetière, À l’abri des regards inquisiteurs Pas besoin de sauf-conduit. Il bruine, ils crachent. Les masques démasquent L’amour transcendant Ou l’indifférence délétère, A la marge, bien tard, Trop tôt.

    Nelly Détré

    Paris, 18/03/2020Paysages sans forme

     

    comme une lame d’ombre

    le corps d’un nuage

     

    à travers le souffle de l’air

     

    comme l’ombre du vent

    la caresse de l’infini

     

    dans l’intime de la voix

     

    comme un bruit qui effleure

    un horizon sans ligne

     

    dans les lèvres d’un instant brulé

     

    un oeil sans fond d’eau

    d’un pays sans rythme

     

    comme un corps qui glisse

     

    son intime déchirure

    dans une voie à plusieurs fragments

     

    un espace infiniment éparpillé

     

    des paysages dis-traits

    comme un envole du désir

     

    la peau du réel

     

    d’un mais qui décortique l’ombre

    un visage à jamais rêver

     

    dans le sommeil du geste

     

    comme une trace d’encre qui se voit

    un geste sans ombre

     

    d’un corps enfermé à l’horizon

     

    une ligne sans lumière

    d’un fond sans forme

     

    comme un saut d’une trace sans fil

     

    le sens d’un air

    dans un geste qui s’éloigne et se fond

     

    l’odeur d’un écart sans espoir

     

    comme une bouche qui s’ouvre

    à la démesure de la peur

     

    dans un ciel qui n’est plus innocent

    Davide Napoli

     

    ***********************************************************

    JORGE TORRES

     

    LA CORONA DE NANOESPINAS

     

    La corona de nanoespinas

    busca huesped inyectado de miedo

    con pulmón generoso para la fibrosis

     

    Coloniza la pradera del aire y la exhalación

    elimina la vital inspiración por el ahogo

    en el imperio de la cianosis

     

    Mientras el regidor

    diagnostica la mutación

    Declara la guerra a la corona

    a riesgo de contaminar su avaricia

     

    Entonces el virus del verbo

    abre los estantes de la amnesia

    ojea la biblioteca de la peste

     

    En la hoja de un libro enpolvado

    El Dr Rieux consulta las historias letales

    Con paciencia dilucida lo inevitable

     

    En los sanatorios subterraneos

    La parca ronda desde antaño

    El delirio tiene fiebre de impotencia

    Por la docil manera de aceptar el pillage

     

    La serenidad en la yema de la vida brota

    La inmunidad es la legión del vigor

     

    Desde ahora la acción es sapiencia

    extirpar el horror de la barbarie

    renovarnos sin tregua en la efracción

    JTM

    PARIS 20 MARS 2020

     

    ***********************************************

     

    SONNET VIRAL

     

    Pas de poignées de main,

    Pas de baisers.

    Les vivres sont en train

    De s’épuiser.

    Le monde est à brûler,

    Selon la presse :

    Plus on l’entend parler,

    Plus on se stresse.

    Lorsqu’on sort de chez soi,

    On part en guerre.

    Chacun perd son sang-froid

    À sa manière.

    Et, qu’on le veuille ou non, devient fameuse

    La boule aussi petite qu’épineuse.

     

    François Olègue

    Brésil, le 20 mars 2020

     

    **********************************

     

    "Extraits du recueil "La sève et les mots"

    (1)

    La solitude ressemble à une lampe.

    Si elle n’éclaire pas tes nuits,

    il faudra la casser !

    (2)

    Pour que notre humanité nous habite encore

    il nous faut un amour

    même cerné de barbelés.

    (3)

    Toutes les armes sont bonnes,

    pour abréger la vie de l’autre

    alors que la haine

    suffit à se tuer soi-même.

    (4)

    Parce qu’il ne faut pas emprisonner

    le soleil dans une boîte,

    étalons la lumière sur le mur

    et continuons à nous regarder,

    même de loin.

    (5)

    La tolérance

    est la première condition du bien-être,

    parce qu’elle maintient la probabilité

    que le regard de l’autre

    demeure traversé par une promesse

    de fraternité

    (6)

    La souffrance d’un être

    n’est-elle pas plus grande

    que la fin du monde ?

    (7)

    La seule richesse en soi

    est de pouvoir siffloter

    devant son propre cauchemar.

     

    Salah Al Hamdani, Éditions Voix d’Encre, 2018"

    *********************************

    Quarantine

     

    I saw myself shaking in the street

    I saw a man taking 2 meters of distance from me as he crossed the street

    I went back to my room and started reading

    Decameron

    Nina Zivancevic

    ***************************

    Parfois
    au gré des vents
    d’ici
    avalés par ton sang
    par tes âges tes lèvres qui ne se cabrent plus sous la pente du souffle
    tu marches

    Le chemin de halage
    t’enlise
    sous l’épave d’un nom
    l’épreuve du sable creux au boudoir des mondes
    emprunte une quiétude poussive
    qu’amenuise l’ennui

    La distance de ton front à le terre
    est cette démesure
    au regard des hommes
    cette insistance ronde comme une nuit sans aube
    à abjurer ta peur
    bouche épaisse de vie
    dans le bruit de ton corps
    comme un soldat ferreux
    dans la rouille du feu

    Mais les champs recommencent
    sur la plaie de la terre
    et recommenceront

    Dans le froid de ta chair s’épouse encore l’oubli

    Carole Carcillo Mesrobian

    ***********************

     

     

    SONNET DE L’AMITIÉ

     

    Ce soir, je vais téléphoner

    À René, faute de pouvoir

    Le rencontrer, ou bien René

    Me téléphonera ce soir.

    Au lieu de causer de la pluie

    Et du beau temps, nous parlerons

    De nos peurs et de nos ennuis

    Qui sont les seuls à tourner rond.

    Des mots tendus, un ton chagrin ;

    Une accolade imaginée...

    Il habite un quartier voisin,

    Tout près d’ici, mon vieux René,

    Mais comme elle paraît lointaine,

    Sa voix tenue en quarantaine !

     

    François Olègue

    Brésil, le 27 mars 2020.

     

     

     

     

     

  • Chronique du Temps Présent/

    La bataille du langage

    Contribution à un débat en devenir chez les poètes du collectif "Effraction", autour de "la bataille
    du langage"
    Langage et politique
    En 1982, le sociologue Pierre BOURDIEU, dans son ouvrage « Ce que parler veut dire : l’économie des échanges
    linguistiques » (Ed. Fayard), prolonge sa réflexion antérieure sur le pouvoir symbolique1 (pouvoir de domination)
    pour nous livrer une réflexion qui, reposant sur une critique de la linguistique interne saussurienne – ou
    linguistique synchronique –, entreprend de développer l’idée que le langage est un phénomène social s’inscrivant
    dans des rapports de domination.
    En effet, les conditions de production et d’utilisation de la langue sont différentes selon les locuteurs qui sont
    eux-mêmes immergés dans une réalité sociale hétérogène.
    Le marché linguistique
    Ainsi BOURDIEU parle d’un « marché linguistique ». L’échange linguistique, en effet, est aussi un échange
    économique où l’on ne parle pas seulement pour « communiquer » mais également pour s’assurer, dans un
    rapport de forces symbolique, un certain nombre d’avantages, de profits, comme, par exemple : être évalué
    positivement, être cru, bien apprécié, respecté, admiré, loué, encensé, obéi, etc.
    Les mots, l’esprit, le corps
    C’est ainsi que les mots traduisent non seulement la gymnastique de l’esprit mais aussi la gymnastique politique
    de la domination ou de la soumission parce qu’ils sont, avec le corps, l’expression d’un certain ordre social dans
    lequel ils s’inscrivent durablement. La soumission en général - et la soumission politique en particulier - emprunte
    ainsi au vocabulaire de la domination qui contient de nombreuses postures corporelles qui constituent autant
    de métaphores : baisser la tête, plier, se prosterner, faire des courbettes, avoir l’échine souple, se mettre à
    genoux, se mettre à plat ventre, se montrer souple, etc.
    Le langage des élites
    C’est à partir du langage qui est une compétence à la fois technique et sociale – en ce qu’il exprime la capacité
    de parler et la capacité de parler d’une certaine manière, c’est-à-dire socialement marquée - que s’institue la
    domination des élites, que se fondent les expertises, l’énoncé du droit, de la règle.
    Les élites confisquent le débat et les choix démocratiques en prétendant que les problèmes sont des problèmes
    techniques pour la résolution desquels elles possèdent, seules, la solution au nom de l’expertise et des
    compétences acquises au sein de grandes écoles qui les ont instituées comme une « noblesse d’Etat »2.
    L’efficacité et le pouvoir magique des mots
    En ce qu’ils font croire et agir, les mots exercent un pouvoir magique.
    Pour Pierre BOURDIEU « Le pouvoir des mots ne s’exerce que sur ceux qui ont été disposés à les entendre et à les
    écouter, bref à les croire »3.
    Ainsi il considère que « C’est toute la prime éducation - au sens large - qui dépose en chacun les ressorts que les
    mots (une bulle du pape, un mot d’ordre du parti, un propos de psychanalyste, etc.) pourront, un jour ou l’autre,
    déclencher. Le principe du pouvoir des mots réside dans la complicité qui s’établit, au travers des mots, entre un
    corps social incarné dans un corps biologique, celui du porte-parole, et des corps biologiques socialement
    façonnés à reconnaître ses ordres, mais aussi ses exhortations, ses insinuations ou ses injonctions, et qui sont les
    1 Cf. Pierre BOURDIEU : « Sur le pouvoir symbolique », Annales, Histoire, Sciences sociales, Volume 32, N° 3, 1977, pp. 405-411.
    2 Cf. Pierre BOURDIEU : La Noblesse d’Etat, Paris, Éditions de minuit, coll. «le Sens commun », 1989, 569 p.
    3 Ici, aussi, ne jamais perdre de vue le rapport de « complicité subie » que BOURDIEU a mis au jour à propos du pouvoir symbolique qui, pour
    fonctionner, a besoin de cette « relation obscure d’adhésion quasi corporelle » des agents sociaux et dominés à leurs dominants, cf. son
    article précité ci-dessus (note 1).
    2
    « sujets parlés », les fidèles, les croyants. C’est tout ce qu’évoque, si on y songe, la notion d’esprit de corps :
    formule sociologiquement fascinante, et terrifiante. »
    Il n’est guère contestable que depuis les jésuites4, on connaît la force et la magie des mots, notamment en France,
    où les énarques et les grands corps de l’Etat ont pris le relais de la célèbre Compagnie de Jésus…
    Le langage des dominants
    Le langage – qui n’est pas neutre - véhicule la domination des puissants et comporte toujours un aspect normatif
    au service d’un certain ordre.
    L’on se souvient de « l’axe du Mal » chez G. W. BUSH - évoqué lors de son discours sur l'Etat de l'Union du 29
    janvier 2002 - comprenant, selon lui, l'Irak, l'Iran et la Corée du Nord. Avant lui, Ronald REAGAN avait dénoncé
    « l’empire du Mal » qu’était alors l’URSS (8 mars 1983) en exhortant son auditoire à ne pas se retirer de la lutte
    « entre le Vrai et le Faux, le Bien et le Mal ».
    Ainsi les liens entre le langage et la sphère du Politique ne sont plus à démontrer aujourd’hui avec l’utilisation,
    par le pouvoir politique, de l’industrie de la communication dont les officines sont chargées d’habiller de belles
    formules « choc » les discours des hommes politiques pour les rendre plus attractifs et convaincants.
    Ainsi dans le champ lexical des mots qui ont fait fortune - ou font encore une belle carrière -, citons, sans être
    exhaustif : le fameux TINA (There is no alternative5) (1980) de Margareth THATCHER (1925-2013), équivalent de
    « il n’y a pas de plan B »6, le spectre du « déficit public » brandi par nos politiques pour justifier des politiques
    d’austérité, les notions de « réforme » (qui ne sont souvent que des contre-réformes), de « changement » (pour
    justifier des retours en arrière et des politiques réactionnaires), la notion creuse d’« ordre public » pour justifier
    la suspension des libertés publiques comme la liberté de manifestation ; la notion de « budget contraint » pour
    exprimer les limites d’un budget insuffisant tant il est maigre ; l’éloge du « pragmatisme » et son corollaire le
    procès en « idéologie » intenté contre ceux qui ont le tort de vouloir parler « politique » et qui raisonnent et
    argumentent, étant entendu que l’idéologue, comme l’enfer, c’est toujours les autres… Etc.
    Louis SAISI
    Paris, le 5 décembre 2019

     


    4 L’on connaît la célèbre formule des jésuites : « rectifier le mal de l’action avec la pureté de l’intention » que Molière devait fustiger avec le
    succès que l’on sait dans Le Tartuffe, en 1664 (cf. Le Tartuffe, IV, 5, v. 1484-1485. Un peu avant lui, PASCAL, sans sa septième Provinciale (de
    janvier 1656 à mai 1657), avait dénoncé le procédé (cf. PASCAL Les Provinciales, édition de Louis COGNET, classiques Garnier, 1965, p. XLVII).
    5
    « Il n’y a pas d’autre alternative » ou, autre version : « il n’y a pas d’autre choix ».
    6 L’expression « il n’y a pas de plan B » fut très en vogue en France en 2005, où elle fut utilisée par les partisans du « OUI » lors de la campagne
    du référendum sur le Traité constitutionnel européen (et notamment par Jacques CHIRAC, alors Président de la République)
     

    *****************************************************************

     

     

    « Collectif Effraction »

    La bataille du langage

     

    Synthèse du premier échange le 29 novembre 2019

    Par bertrand Quoniam
     

    Après avoir introduit la séance en rappelant comme ils ont été proposés dans la première convocation, les motifs et finalités de ce débat et ceux à venir, Philippe Tancelin donne succesivement la parole aux trois intervenants pressentis : José Müchnik, Louis Saisi et François-Luis Blanc

     

     

    1er Stimulus de José Müchnik: Pouvoir du langage cadré par les politiques sur les citoyens

    2ème stimulus de Louis Saisi: la langue dans la société: Jeux de pouvoir entre les locuteurs. Captation de la langue et transformation du sens de certains mots par les politiques pour

    influer sur les gouvernés. Formules types non contestables.

    DEBAT:
    José: Nécessité d’une méthode pour arriver quelque part. Mots vendus: ex: GLOBALISATION. Quels sont les expressions du Pouvoir. En faire un répertoire.

    Autre (homme): Commencer par s’entendre sur les mots. Néolibéralisme actualisation historique du capitalisme. De quoi parle-t-on: Expressions, mots communs : de quoi parle-t-on? Que pouvons -nous faire en tant que poétes? Langages des minorités. Toute une partie de la population a fait sécession. Ne vote plus. Voit qui sont les politiques, élus par une partie très minoritaire de la société. Ils n’on rien à voir avec la réalité des gens qui ne s’intéressent plus au débat politique. Leur propre langage. Prof en banlieue : langage riche des gamins de banlieue. Source de mots. Différents des cordes de la République Bourgeoise, culture des Dominants.

    Autre: Livre de marie-José Montzain — Philippe: Spécialiste de l’image! --: La confiscation, 2017. Observation de la modification de l’allemand pendant la montée du nazisme. « multiples ajouts. Très nombreux Ent/: suffixes = Dé/: en français.

    Autre: Réforme des retraites: irresponsabilité, imprévoyance des gouvernements successifs.Et leur demande aux gouvernés: faites des efforts!

    Autre: Bertrand : Comment justifient-ils leur demande?

    José: Liste de mots, termes. 2 aspects: 1 mécanismes technique et pratique de production de ces mots. 2 Ce qu’implique la production et la diffusion de ces mots d’un point de vue GLOBAL, Quel contexte signifient ces mots? Quel vision du monde, quelle idéologie? Ainsi dégager une DYNAMIQUE qui dépasse un simple liste de mots.

    Philippe Tancelin: je vais essayer de répondre plus tard.

    Sonia Delmas: A coté de la question du REPERTOIRE, j’ai entendu 2 points: 1er point: La question de la manipulation du langage. 2ème point: la conception de la langue et la conception de la société. Question de réhabilitation de Saussure par François Rastier et d’autres linguistes. Penseur, toute une théorie qui pense le langage à partir de la poésie.

    Louis: Citoyen différent du poète. Être poète n’est pas en soi un habit qui justifie sa position politique. Maurras , excellent poète, et homme politique affreux.

    Philippe: On ne peut pas parler de poète en soi. On peut parler des poètes. De certains poètes et pas d’autres. Ne pas mélanger.

    Jorge Torres: Sensibilisé à la réalité sociale dans le monde, la manipulation de quelques paroles provoque une souffrance en moi. Et cette souffrance entraine chez moi une réflexion sur
    les mots; par exemple DICTATURE. Ou explorer le mot: DEMOCRATIE.. Comment la Communauté Européenne a stigmatisé le gouvernement de Maduro au Vénézuela avec le
    mot: «dictature ». Le mot : TERRORISME. La résistance’ armée, c’est du « terrorisme »; En Irak, en Syrie et dans de nombreux autres pays, en vahis par les USA, n’est-ce-pas du
    "terrorisme »? Et ke mot SOUVERAINETE? Et , aussi VERITE, qu’(est-ce que la « vérité" historique?
    Et JOURNALISME ? Qu’(est-ce que ça veut dire? Ca me touche profondément au coeur, ce ce type de mots. Ce processus anachronique que nous vivons, me préoccupe pour cette « bataille du lange ».

    Philippe: L’exemple que je vais vous donner illustre la CONFISCATION DU LANGAGE dont parleNT José est Louis.

    Le COMITE D’ACTION PUBLIQUE 2022 installé par Edouard Philippe . L’objectif de ce Comité d’Action Publique est la, transformation du Service Public pour améliorer la qualité des Services Publics et accompagner la baisse des dépenses publiques. Puis on assiste, une belle manipulation, à une déclaration de Madame la Ministre de la Culture , Françoise Nyssens qui, dans une parfaite formulation de « gauche » engagerait une lutte contre la ségrégation cuturelle dans la territoires, etc…avec en face d’elle la SNJCGT/ SYNDICAT NATIONAL DES JOURNALISTE et CGT SPECTACLE qui lui répond dans le même langage, ceci aboutissant au constat d’exigences communes de la part de SNJCGT. Donc, plus d’opposition,et la ministre de proposer que des Centres d’arts Localisés répondant aux DESIDERATA des ELUS LOCAUX qui s’adresseront à des TOURNEURS PRIVES qui choisiront des CREATEURS qui répondRONT AUSSI, aux désirs DES PULICS; LOGIQUE COMPTABLE/ VOILA LE VERITABLE OBJECTIF.

     

    3ème STIMULUS FRANCOIS Luis Blanc: les deux MOI. Le MOI CONDITIONNE, niveau cortical. Mémoire sensorielle issue des éducations reçues depuis l'enfance: école, famille, religion…qui engendrent des réflexes conditionnés auxquels font appel les Publicitaires et les Politiciens. Et le MOI REBELLE, niveau sous-cortical. A partir duquel la poésie peut intervenir.
    Mémoire autobiographique, donc individuel. Centre des émotions. Lobe frontal, là où se prennent les décisions. De la naissent les productions anarchiques de la créativité, les délires des malades mentaux, des hallucinations, du rêve. Et le langage du poète. Ce moi rebelles s’oppose au monde cartésiens du Moi Conditionné du Moi Superficiel, du Moi Politique. Moi rebelle n’accepte pas le conditionnement. Lutte constante contre la manipulation du langage et le conformisme.

    Louis: Apprendre aux jeunes à ne pas dépendre des réseaux sociaux, à faire la part des choses.

    Bertrand : Jeunes rencontres qui revendique un refus deconulter les réseaux sociaux et lire de la philosophie politique. Génératioon des 20-35 ans très lucide.
    Femme chimiste et bulgare: "Tu ne nais pas pour toi, tu nais our le peuple"

    Philippe: Ca c’est un conditionnement culturel.« Qui vient au monde pour ne rien troubler, ne mérite, ni égard, ni patience. » René Char.

    Bertrand: Il y a 2 choses que j’ai repérées tout à l’heure, quand il a été question du « Il n’y a pas d’alternative » de Thatcher. La 1ère: L'affaire très importante de nos jours: c‘est l’économie. Il n’y a plus que l’économie. Et je pense que ça repose sur une croyance, bien bétonnée. Au moment où la religion a presque disparue en Europe net où trône la toute puissance de la finance et des banques. Pouvoir légitimé par le discours néo-libéral. Une nouvelle religion séculaire. Une idéologie sans imaginaire.
    La 2ème remarque m’est venue quand il a été question de réformes. Au-delà du flou émis et bien pratique, un écran, je vois là une grande INERTIE. Et en-dessous, quel est le projet? Invisible pour les bons citoyens. Macron n’a pas de programme politique. Pas une vision qui tende vers l’AVENIR. Un avenir commun qui réponde aux nécessités et aux désirs des citoyens qui forment cette société. Qui dit inertie , dit détournement des énergies et des discours. Une gestion comptable oui, mais défroque d’un cynisme éventuellement « démoniaque ». C’est-à-dire un grand projet de détournement, un grand coup, parce qu’il n’y a plus que ça à envisager. Aucun avenir ne peut exister pour certains hommes/femmes qui ne peuvent se protéger et survivre qu’en réduisant le temps à un présent perpétuel cet infernal. L’argent en trop grande abondance ne secrète souvent que l'ennui et la mort de tout désir véritable. Une parfaite déshumanisation. Le règne de sous-hommes. Et le désagrégation des communautés politiques et démocratiques.
    ¨


    —Autre femme: Projet organisé par le Centre dramatique National de Sartrouville? Projet intergénérationnel d’atelier d’écriture. Composé de candidats adhérents : seules des femmes de tous milieux sont venues. Et des collégiens chapeautés par des comédiens et des metteurs scène. Nous, les femmes, avons fait un travail de fonds d’écriture ,
    Les collégiens allaient avec les comédiens/metteurs en scènes dans les lycées. Les collégiens sont venus nous interviewer sur les textes. Questioins très percutantes. Ces jeunes ont participé à l’écriture de scénarios comme les comédiens/metteurs en scène cet nous dames retraitées. Puis des impros. J’ai proposé un bout de scénario à un gamin qui a eu des idées très chouettes comme metteur en scène. Enfin des spectacles différents. Les familles et les amis sont nvenus les 3 soirs. C’était plein. Projet à reproduire par tous. Important pour la transmission

    __Femme colombienne.. Il faut redonner du pouvoir à ce mot HUMAIN . Quelle est la logique qui a permis d’aboutir à un langage qui a perdu sa vie.
    Jusqu’à la Chute du Mur de Berlin , je croyais au socialisme. J’avais de l’espoir de changer les monde. Et à partir de la Chute Den ce nMur à Berlin, il y a eu quelque bien symbolique; On an renoncé. Il n’y avait pas d’autre voie que le capitalisme. Il y a une caste qui a la vérité. Il n’y a pas d’autre voie possible.Un rêve de consommation accepté par certains. Par les médias , puis par tout le monde. Un discours qui correspondait à l’époque. L’économie n’a jamais été aussi dominatrice . Combien les groupes financiers dominent toute l’économie réelle. ,Mais lz Mopndialisation , c’est un discours vide de sens; Nous interrogés sur le fait de l’élite, les dip^lomes, l’efficacité.gagner de l’argent, du temps. La frontière est très fragile. On peut reproduire la même chose en croyant démonter tout ça. Ne pas remplacer un mode par un autre mode. Inczarner de nouvelles relations, Des relations réelles avec les gens: au travail, dans la famille. Communiquer,, dire des choses, partager. Dans mon travail, les cadres sont complètement à coté de tout ça;

    José: on organise.

    François: Autre pilori menaçant.L La prise de possession systématique par l’intelligence artificielle de toutes les formes de communication, donc du du langage, , les granes boites et les gouvernements vont atteindre leur but: la robotisation de l’homme.

    Bertrand: on a le langage, et on a aussi le corps, notre corps. Les langages vides de sens dont, il a été plusieurs fois question, sont « parler » par gens insensibles. Anesthésiés. Notre capacité, ou pas , de sentir à travers, par toutes nos cellules. Il y a un lieu important centre le biologique et la langue, les langages.

    Philippe: Ils incarnent et sont incarnés.

    — Une femme: Membre de l’univers SLAM, j’y rencontre des poètes et nous enrichissons mutuellement. Plus nombreux, nous sommes attelés à la même charrette.
    L’union fait la force. Le langage, outil de communication, devient peu à peu un outil de fascination et de domination. Ceux qui ,our dirigent utilisent très bien cela.
    Pour les écrivains , les comédiens, les politiques, ça devient une arme; le langage, c’est la puissance de l’homme. Ceux qui parlent bien obtiennent ce qu’ils ont dans la tête.
    Pour certaines femmes, le langage devient parfois des larmes. Quelqu’un a demandé s’il y avait un médicament contre toutes ces disposions du langage. Bien sûr. La poésie, c’est la vaccin !.

    Philippe: La thérapie par le logos.

    ___: Quand on ECRIT BIEN et qu’on remplit bien les mots, le langage ne se laisse pas manipuler. Une sorte de CONTRE—POUVOIR.

    Anthemana: Je voulais vous parler de l’ORATORIO. Nous sommes 7 ici qui avons créer une bande sonore avec d’ardents musiciens. Philippe, José , Nick et moi .
    Sur 40 ans, nous avons enregistré une bande avec des DISCOURS DE POUVOIR au Chili, Macron,Pzas seulement le corps et les mots. Il y a aussi une musique
    Dans les discours; Nous avons fait contraster ça avec des DISCOURS POETIQUES du collectif " CRUE POETIQUE partie qui se recouvre avec EFFRACTION.
    Nous avons savamment composé des répliques entre discours de pouvoir et discours poétiques. Une musique dans l’attitude, posture du poète. Cette superposition, cette confrontation nous a semblé profonde et fertile. Une expérience crée à la MAISON DE L AMERIQUE LATINE en juin 2019.

    Caroline: Je ne suis pas poète, je suis hanteuse et peut-être chanteuse poétique. J’aime RIMBAUD, NOVARINA et ARTAUD; et j’(amibien lorsque le le langage est bousculé
    Par des mots inouïes et des tonalités de toues sortes. Sinon, je suis GILET JAUNE. Sans les RESEAUX SOCIAUX, ça aurait été difficile. D »demain samedi, c’est la 1ère fois
    Que les manifesttions à Paris ont été interdites. Il. Y en a de la poésie là, mêmen s’il ne sont pas label poète. J’ai participé à une soirée née poètes. A part toi Philippe,
    je n’ai pas entendu l’OMBRE DE LA POESIE. La poésie ce ne’st pas seulement une feuille de papier. Da&ns la rue avec les gilets jaunes: « la liberté se meure en toute sécurité » Joli ! Chaque samedi il y atoàujours plein de photos.et des phrases bien simples.en ce qui concerne les retraités. Sans avoir fait l’ENA n, ild ont bien compris qu’ils allaient se faire baiser la gueule. Il y a eu des mélanges sociaux. Je n’avais jamais eu des potes SDF. Tous les jours , j’ai trouvé des pépites: des très beaux textes, de très belles photos. bEt on n’est pa obligé non plus d’aimer tout le monde.

     

     


    Philippe : Louis Saisi a fait un dossier remarquable sur l’interdiction de lia manifestation aujourd’hui en France depuis 1994.

    Louis: La liberté de manifester est un droit constitutionnelle. le Conseil Constitutionnel, instance peu révolutionnaire, peu sociale, a admis que la liberté de manifester, dans une décision du 4/4/2019, est un droit fondamental.Interdire de manifester au nom de l’ ORDRE PUBLIC est aberrant. La déclaration des DROITS DE L HOMME ET DU CITOYEN
    dans son article 10, liait la notion d’ordre public à la loi. Dans toute loi, il y a implicitement une notion d’ordre public. Mais la notion d’ordre public ne peut JAMAIS être prétendue AU DESSUS DE LA LOI.

    Philippe: A propos des Réseaux Sociaux: toute invention a des cotés remarquables; mais certains en profitent pour dévier l’exercice du pouvoir.

    José: Pistes intéressantes posées:--- Elargissement du champs du poète., non limité à un petit papier écrit.
    — Articulation avec d’autres secteurs de la société qui parlent d’autres langages.
    —Idéologisation de l’économie.
    Les premiers qui ont utilisé le mot libéralisme, ce sont, avec Locke, les philosophes du XVIIIème Siècle. Le libéralisme portait alors bien son nom: la Liberté face au pouvoir du ROI. Les économiste l’ont piqué aux philosophe du XVIIIème S. Il y a le marché dynamisé par le mécanisme de l’offre et de la demande, équilibré par une main invisible, celle des égoïsmes qui s’autorégulent

    — First à la fin de la Cerisaie de Tchékhov dit: « Avant la cat-astrophe ou après la catastrophe » . la catastrophe ,, c’est la liberté de l’esclave. Or nous avons oublié un mots : DEMAGOGIE. Qui utilis les valeurs de LIBERTE, EGALITE, DROITS DE L HOMME, en les vidant de leur sens. La démagogie est un révélateur. On peut être pour l’un ou l’autre.Et nous les poètes, nous sommes pour la Vérité, la Réalité.

    Louis: Le scandale avec le libéralisme, c’est qu’il ne se pré »sente jamais comme une idéologie.

    Philippe: juste un recueil de poésie au titre »e magnifique: Habiter poétiquement la terre », de Holderlin. Avant de faire la Synthèse, un écho à ce que tu as dit Caroline:
    Les Gilets Jaunes ont revêtus des Gilets jaunes pour se rendre VISIBLES, parce qu’ils étaient NON VUS.. Une poésie de résonance avec l’imaginaire de la Cité.
    Ou ce Moi rebelle dont a parlé Francis, ne pensez-vous pas, quel ce serait un petit PAS, que des poètes qui relève en son imaginaire subversif, en reprenant—comme les Gilets Jaunes ont pris les Gilets jaunes— en reprenant ce qui est à ,nous: des mots, des expressions de cet imaginaire, une façon de rendre visible une langue qui est là, surgit au moment mêmen d’un moment social important.

    José: répertorier toutes ces expressions des Moi Rebelle;

    Bertrand : Ne pas laisser s’éteindre et disparaître tous ces mots et expressions, des images de ce moment social. Nous a vous des « outils » techniques: nous pouvons enregistrera et photographier. -Les journaliste eux, reprendront un certains nombre de mots dans un langage éventuellement représentatif, mais ils ne vont jamais saisir
    Le SUC des mots, des formulations et expressions, qui est une affaire d’instant, ou la singularité d’une scène. Nous avons , nous aussi, des « outils techniques: nous pouvons enregistrer, photographier , filmer.
    Et 2 EME OPERATION: Et garder ça : il y a un mouvement,nt social qui est lancé là, à coté, contre le Néo-libéralisme Quelque chose est en train de germer d’une façon positive. Constituer une sorte de BANQUES DE DONNEES. Ces mots , expressions, images, des scènes de rue, lieux particuliers , émotions, pensées nouvelles…Ce qui permettrait une progression,pouvooir la percevoir aussi.DANS LE VIVANT. Il s’agit peut-être ausside traces dans notre histoire, ce qui fonde aussi notre humanité.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    Des "sacrifices humains" Jean-Pierre Bigeault (poète, psychanalyste)

    L'Information - la toute puissante information - ne fait pas que banaliser la guerre, omniprésente dans le monde, elle en justifie l'existence. C'est qu'en effet, de loin, celui qui regarde la guerre en tire cet apaisement paradoxal dont parle le poète latin, Lucrèce, dans son "De natura rerum" (De la nature) :
    "Qu'il est doux, en lieu sûr, de suivre dans les plaines les bataillons livrés aux chances des combats" (1).
    Que le malheur des uns fasse le bonheur des autres, n'est-ce pas ce qui ressort le plus souvent des enquêtes en la matière : être riche et heureux, c'est être plus riche que son voisin, devenu ainsi plus pauvre.
    Cependant les ressorts cachés de cette "douceur", acquise par l'effet d'une comparaison quelque peu banale, pourraient être plus cruels qu'il n'y paraît. S'agissant précisément de la guerre, la fascination qu'elle exerce par ses images dépasse largement la rêverie que laisse supposer le poète. Qu'il s'agisse aujourd'hui de l'impact de la télévision ou du cinéma, il est difficile de ne pas y voir la marque d'un voyeurisme plus ambigu. Certes, comme dans le sport, la concurrence et la rivalité s'y donnent à voir au -delà même des enjeux qui en sont la cause, mais la violence qui est au coeur du spectacle guerrier outrepasse clairement les limites d'un "jeu à règles" telles que celles qui régiraient un art martial digne de ce nom. La violence de la guerre inscrit dans la culture humaine une transgression radicale. Elle renverse l'ordre établi, poussant la vie jusqu'à une mort devenue par elle-même – et comme en raison du sang répandu – source de vie. La guerre à cet égard réalise ce que la raison demande à la folie d'atteindre par la passion. Elle vise d'une certaine façon ce qu'à moindre frais vise le désordre sexuel dans sa violence relative (2). La guerre est une orgie dont la destructivité ne manque pas de donner à voir la débauche des moyens qu'elle mobilise. On y crie comme dans une fête : "Viva la Muerte" (3). Ainsi le désir médiocre de dépasser "l'autre" se fait-il désir de dépasser la vie, tout en s'offrant la gloire d'un partage symbolique, tout à la fois mortifère et pré-paradisiaque. Non content de surmonter sa peur obstinément infantile (4) par l'exaltation sacrée de la vie jusqu'à la mort, le guerrier modèle peut espérer sinon la victoire, du moins l'ultime récompense d'une perte magiquement renversée. A ce titre, les héros – fussent-ils de deux camps opposés – sont frères : ils donnent à la mort agrandie sa valeur fantasmatique d'entrée dans l'immortalité (5).

    Le moindre patriotisme reprend d'ailleurs à la guerre son paradoxe essentiel : c'est par la destruction de l'autre comme, s'il le faut, par celle de soi, que sera reconstruite l'unité perdue. Car tel est le génie de la guerre : dans la mort, comme dans un creuset, elle refait de la vie. Elle parvient même à ce que l'ennemi, une fois tué, accède à la communauté d'un destin qui, de cimetière à cimetière, enveloppe les hommes d'un même linceul. Ainsi l'idéalisation de la guerre revient-elle en force à la fin, recouvrant les désirs moins glorieux qui l'ont portée.
    Vis à vis d'un tel objet, la passion du spectateur révèle, sous l'inavouable "douceur" dont parle Lucrèce, des sensations et des sentiments que leur refoulement fait la plupart du temps disparaître au profit d'un intérêt largement soutenu et cautionné par le principe même de l'information. Pour autant, les visages manquants des victimes laissent planer un doute. Une image en creux se dessine. La rationalité qui fait peu ou prou de la guerre une suite cohérente et significative s'entrouvre dans la conscience : une monstruosité apparait au loin, au fond de l'histoire humaine.
    Cette réalité plus trouble nous renvoie à l'idée que, comme dans les temps les plus anciens, notre humanité a besoin pour survivre de sacrifier des hommes à la vengeance inassouvie des dieux. Les "sacrifices humains" n'ont-ils pas ponctué l'histoire de nos civilisations ? Assister au spectacle d'une mise à mort (comme cela s'est fait longtemps chez nous et continue de se faire ailleurs) n'implique-t-il pas que les spectateurs donnent au supplicié une valeur sacrificielle qui lui revient en effet, étant donné les conditions dans lesquelles sa mort est mise en scène ! Une religion archaïque – plus ou moins revue et corrigée chez nous par le christianisme – serait-elle toujours à l'oeuvre dans nos guerres, si modernes soient-elles ?
    C'est en partant du récent massacre de Palestiniens de Gaza (102 morts, 3598 blessés) par des snipers de l'armée israëlienne que j'ai été amené à me poser cette question. Des tireurs épaulant et abattant un à un, comme des lapins ou des perdreaux offerts à leurs fusils, des humains de tous âges, et ceux-ci s'avançant vers la mort annoncée comme portés par une force déjà perçue dans son insuffisance, est-ce une guerre comme les autres ? N'est-ce pas la guerre dépouillée de ses ornements et rendue à sa fonction de leçon sacrificielle ? Car il se trouve aussi que ces questions se sont trouvées renforcées par une autre : à quel embarras auront répondu le long silence, puis la retenue des commentateurs, sans parler des responsables politiques après cet "incident" d'un genre particulier ? J'ai pensé que, le mécanisme psychologique s'ajoutant au calcul politico-diplomatique, ce qui avait fonctionné dans ce quasi non-dit relevait tout simplement du déni. Le déni d'une réalité la montre tout en la cachant ; il en éclaire l'obscurité par une sorte d'obscurité renforcée.
    Cette réflexion m'a d'abord ramené en arrière : à la dernière guerre et l'immédiate après-guerre. Le déni de la "solution finale" – comme je devais m'en rendre compte après coup – aura joué un rôle essentiel dans la véritable étendue du crime. L'accompagnant et, pour ainsi dire, le prolongeant, le silence n'a fait que confirmer le statut de ce qui appartient à l'innommable. Car il faut le dire et le redire ! au-delà même de ceux qui retenaient l'information, le monde savait à quel traitement étaient promise la population juive. La découverte des "camps de la mort" ne fît que lever le voile qui dissimulait une vérité déjà connue et même, pourrait-on dire, connue depuis toujours. Ce déni montre le crime dans sa véritable extension. Car, sous le déni, une autre réalité se révèle : l'abomination de la "solution finale" satisfaisait en sous-main un monde pulsionnel assez vaste pour que beaucoup y trouvent la plus ténébreuse des satisfactions. Voilà ce que disait le déni ! que la respectable culture allemande (sa philosophie comme son romantisme) ait retrouvé sous le crime les éléments enfouis de sa propre "part maudite" (6) n'aura pas empêché qu'une large partie de l'Europe – et singulièrement de la France bien équipée en matière d'anti sémitisme - y voie l'implacable retour du "châtiment des autres", cette partie gangrénée de soi qu'il faut bien sacrifier à sa propre rédemption. Les élites comme le peuple ne savent-ils pas ce qu'il en coûte d'être à la hauteur de leurs rêves ? Massacre des serpents sortis de son sein comme les restes d'une animalité peu flatteuse, n'est-ce pas la tâche répétitive d'une cité humaine en mal d'humanisation ? Car il n'est pas dit que s'épurer soi-même soit si simple ! On aura beau se réjouir que le peuple allemand – aiguillonné par ses historiens – ait fait, après le crime, un travail de conscientisation supposé valoir pour tout le monde, nous savons aujourd'hui que les tentacules psychologiques d'un "crime contre l'humanité" sont aussi multiples que souterraines, et organiquement mêlées aux racines de ce qu'on appelle "l'identité" (7). Nous-mêmes, Français, héritiers de la Révolution que nous savons, ne sommes-nous pas liés aux effroyables excès des liquidations qui firent le lit sanglant de nos valeurs républicaines ? Au risque de rapprocher des faits à bien des égards différents, il importe sans doute de souligner à quel point l'horreur satisfait, jusqu'au coeur du déni, l'inavouable désir de faire payer à d'autres le prix de notre origine et de sa pureté retrouvée.

    Sur cette ligne, j'en arrive à me demander si Israël (comme tant d’autres nations !) pourrait survivre à une paix qui mettrait le pays devant ses contradictions les plus intimes. Car quelle identité peut-elle exister durablement dans un patchwork à la fois si riche et si fragile, si ce n'est celle qui se nourrit – comme le dit si bien notre Marseillaise – de l'épanchement d'un "sang impur" ? Ce nécessaire "sacrifice humain" ne peut être dit comme tel, mais il semble bien confusément reconnu pour ce qu'il est, dès lors que sa répétition interminable est acceptée par tout le monde. Tout se passe en effet comme si, quelque condamnation officielle qu'on en fasse depuis si longtemps, il fallait en passer par là comme par une origine toujours à refaire. Le sacrifice humain remet du sang dans le circuit. Qu'on le justifie par l'exigence toujours répétée d'auto protection ne change rien à l'affaire : une société dont la fondation politique laisse planer le moindre doute a besoin non seulement d'un ennemi commun mais d’un ennemi quasi personnel : la victime plus ou moins fraternelle dont chacun peut se défaire comme de son ombre dans le feu du sacrifice. Et c'est ainsi que le travail des snipers répond à la nécessité non dite de donner la mort à autant de "chacun des autres" que l'exige en fin de compte le grand symbole sacrificiel. Dans une époque où les guerres ne semblent faire de victimes que confondues par leur masse avec l'ensemble des ruines, le sacrifice revient ainsi... "par la bande". Il arrive un moment où les bourreaux doivent pouvoir se regarder – fût-ce à bonne distance – dans les yeux de ceux qu’ils tuent. Les guerres sont émaillées de ces confrontations effroyablement "plus humaines".
    Cependant le "sacrifice humain" peut prendre, on le sait, de tout autres proportions.
    Son caractère innommable ne l'en prédestine pas moins à la dénégation voire au déni.
    Les sacrifices d'Hiroschima et de Nagasaki n'ont-ils pas disparu devant la victoire finale comme la Croix du Crucifié sous le dôme doré d'une basilique triomphante ? On a justifié le crime atomique en parlant d'un message adressé à l'URSS. Cette rationalisation n'a pas effacé la monstruosité d'une action qui a fait de la guerre une apocalypse sans nom. Les victimes n'auront sans doute été que celles d'un sacrifice où le sadisme ordinaire s'est offert la chance d'une sublimation métaphysique. La matière et ses atomes retournés contre l'homme, n'est-ce pas le rêve démiurgique d'une transmutation : la dimension mortifère se perd dans la flambée surnaturelle d'une vie projetée au-dessus du monde sous la forme d'un nébuleux champignon – ou Dieu-fantôme ! La victoire de la science sert ici, qu'on l'ait voulu ou non, la diabolique richesse d'un inconscient collectif, religieux jusque dans sa visée alchimique. C'est que l'humanité reste en quête du sacrifice qui – reprenant à sa façon le châtiment premier (l'exclusion du Paradis) – la fonderait enfin, ainsi nettoyée de sa faute originelle.
    A travers l'image élargie de la "solution atomique" on voit ainsi "le sacrifice humain" dans sa perfection de crime non seulement total mais rituel. Sa folie n'est d'ailleurs que l'épanouissement d'une rationalité dûment reconnue et dont la fleur voile un instant – un instant interminable – le soleil même de la vie. On est loin du bricolage pseudo-industriel de la "solution finale". On est loin du tir au pigeon dans la bande de Gaza. Cependant, comme à Hiroschima et Nagasaki, les victimes des Camps et celles de Gaza sont vitre escamotées, telles les images d'un mauvais rêve. C'est dire si leur signification nous parle !

    Je me souviens qu'à la fin de la dernière guerre les déportés revenus de "là-bas" eurent tôt fait de disparaître à notre vue malgré les rayures de leurs costumes. On ne voulait pas les voir. Ils faisaient peur. Car ils étaient non seulement nos blessures mais les mains multiples du malheur qui les avaient réduits à n'être plus que des ombres. Chez nous aussi l'idée d'une purification par les sacrifices (des Juifs, des Tziganes, des homosexuels, des communistes, des résistants…) avait eu son heure, et même davantage. En rendant invisibles les victimes, il s'agissait de dissiper les haines où avaient mûri les crimes supposés rédempteurs. Haine des autres, haine de soi à ce point mêlées que le sacrifice des victimes s'y déclassait en règlements de comptes, voire – sans qu'on osât le dire – en désordres dont les responsabilités ne pouvaient qu’être partagées. La dimension religieuse des sacrifices humains ainsi évacuée, la guerre redevenait ce qu'il fallait qu'elle fût : un conflit, dont, comme "la grande, celle de 14-18", on démêlerait les causes. Par pertes et profits on passerait les bavures, voire, comme il serait dit plus tard, les "détails"... tout ce qui, précisément dans la guerre, excède la guerre et relève d'une folie autrement significative.

    Revenir en arrière du côté de l'histoire pour souligner ce que sa force explicative risque d'évacuer peu à peu de la réalité ne peut que nous inviter à regarder le présent à travers les dénis qui s'y fabriquent. Ainsi les violences d'aujourd'hui recouvrent-elles des non-dits et des impensés qui traversent les générations. La "radicalisation" a des causes plus ou moins immédiates mais des origines et des buts qui, d'une certaine façon, la dépassent. Elle s'alimente de tout ce qui, dans le monde, ressortit à une incertitude identitaire quasi constitutive de l'être humain, et tout autant de ses sociétés. Qu'il soit explicitement religieux ou non, le sacrifice de l'autre – et souvent de soi – est appelé à la rescousse de l'homme égaré. Un déficit originaire poursuit l'homme "cet animal dénaturé" (8). Si l'éducation, trop vite aspirée par l'idée néo-religieuse d'une science salvatrice, ne prend pas en compte cette nécessité de ré-originer l'homme dans une meilleure "connaissance de soi", l'ignorance organisée des pulsions à l'oeuvre conduit inexorablement à ces traitements magiques de la guerre sacrificielle. En même temps, faut-il rappeler que la paix – dont l'Europe se glorifie un peu vite – n'assure pas par elle-même la prise de conscience et la culture d'humanité dont relève la terre assez ingrate de l'homme. Quant à l'économie, si importante soit-elle, elle ne comble pas le vide. Humaniser l'homme n'est pas davantage une affaire technologique. Ne s'en remettre ni aux dieux, ni aux robots pourrait bien être l'urgence. Et c'est à quoi nous invite, me semble-t-il, la tentation d'éliminer la violence comme une sorte de phénomène parasitaire, alors qu'elle fait partie intégrante d'une maladie qui nous est pour ainsi dire congénitale. Il faut inlassablement soigner le mal "à sa racine", c'est à dire aussi en s'attaquant au déni qui y participe. Nous ne pouvons fermer les yeux sur notre complicité avec les sacrificateurs, fussent-ils, comme on les voit, enveloppés des chasubles de la justice, voire, comme autrefois, de la charité. Il s'agit donc bien d'en finir avec la vision d'un progrès aussi factice et improductif que l'injonction morale usée jusqu'à la corde. Comme l'Oedipe de Thèbes, il nous faut d'abord nous regarder en face, suivant en cela les conseils du vieux devin Tirésias. Ce ne sont pas les merveilles où nous fait entrer la connaissance de l’appareil cérébral qui nous épargneront d'apprendre à en faire un meilleur usage, par-delà les ruses de l'auto satisfaction et du déni. Alors peut-être saurons-nous nous passer des sacrifices humains sur lesquels notre humanité tente si odieusement de fonder son être fragile. Seule l'éducation – une éducation rebâtie sur le soin de l'humanité elle-même – peut nous permettre de remettre à leur place les fantômes dont nous espérons nous débarrasser en les sacrifiant à travers d'autres hommes.
    Alors que "la montée des périls" laisse entrevoir, au milieu des violences les plus ordinaires, les visages de tant de victimes sacrifiées aux dieux du non-dit, n'est-il pas temps d'en finir avec l'aliénation du déni et ses cauchemars enveloppés de douceur ?

    Il est trop facile d'accuser l'infantilisme des tueurs. Notre haine de l'autre a de si profondes racines en nous qu'elle ne nous sert qu'à dissimuler son objet : c'est nous que dévore l'insatisfaction de n'être que ce que nous sommes. Des romantismes, usés jusqu'à montrer leurs grosses ficelles, nous prennent chaque jour dans leurs filets. Ils viennent de tous ces prêtres attelés à nous sauver du pêché dont ils nous accablent en nous révélant à tous les coins de rue notre "manque". Une consommation de compléments et de substituts tout aussi moraux que faussement pratico-pratiques nous prend en charge, et c'est de ce nourrissage ajouté que nous apprenons ce qui nous faisait défaut depuis toujours, depuis le Paradis perdu ! Il n'y a certes pas lieu de cultiver l'arrogance des vainqueurs dans un monde où les conquêtes se font trop souvent contre la nature et contre l'homme. Le culte des héros dont la légende dorée fait rêver les peuples nous trompe tout autant que celui des saints, élevés toujours plus haut qu'ils ne l'auraient voulu. Assez de bruit autour des victoires, puisque ce que nous avons à gagner n'est pas tant un combat qu'un accord, une adhésion avec ce que nous sommes !
    Il n'est pas vrai que la générosité procède d'un "dépassement de soi" ; elle se tisse avec l'égoïsme de bon aloi, dans sa rusticité. L'autodafé de nos mauvaises pensées a donné les résultats que l'on sait dans plusieurs confréries spécialisées. C'est que nos démons sont nos frères. La haine elle-même fait partie de notre condition, y compris chez les meilleurs d'entre nous. Et la bonté n'est qu'une haine retournée, lumière pleine de nuit ! Comme Rodin, arrachant à la pierre-mère le visage qui en est le sourire, il nous revient de rapporter la vie à la matière qui la porte et en constitue à chaque instant la force. La vérité de la matière humaine se retourne contre nous, si nous la déjugeons par nos prétentions. Notre salut est dans nos mains et il n'est pas vrai que les outils appartiennent aux sauveurs qui, pour notre bien, pensent à notre place. Le dessaisissement de soi aboutit à cette perte d'estime qui mène à la haine de l'autre. Et c'est ainsi que les sacrifices humains célébrent des servitudes qui s'ignorent elles-mêmes, emportées avec les victimes qui les recouvrent un instant du pauvre pouvoir qu'elles ont donné à leur sacrificateur.
    Pour avoir vécu dans ma jeunesse au milieu des gens dits "de peu" ou même "de rien" – et en particulier pendant la guerre – j'ai vu que l'esprit, en tant que lumière éclairant le soi, y était souvent plus vif que chez les penseurs de service. La haine ordinaire se traitait à minima dans des querelles de clocher et, comme, pour le reste, il fallait bien se rendre service, en s'entraidant sans en faire un plat. La vraie vie n'est pas spectaculaire. L'amour des autres se glisse dans l'intérêt comme un ruisseau entre les branchages et les éboulements d'un vieux fossé. Il s'agit d'admettre que l'idéal est dans le ruisseau ; de se reconnaître à travers lui pour ce que les marchands de valeurs supérieures ne voient même pas dans l'eau trouble des petites espérances. Car ces visionnaires et autres assistants au grand coeur regardent trop haut et trop loin.
    Pour les gens dont je parle, les nobles figures qu'on leur donnait à voir en compensation du malheur qu’étaient alors la Défaite et l'Occupation n'entamaient pas cette conscience de soi paysanne qui allie la modestie à la ruse. Les cérémonies guerrières qui appellent à mettre l'homme devant la mort hypostasiée les renvoyaient au spectacle religieux dont la vie s'accommodait comme de certains excès de la nature. Mais leur philosophie les tenait à l'intérieur d'une pensée plus proche du corps et de son destin connu. Ils savaient que la mort y avait sa place. A ce titre, l'idée qu'ils avaient de leur "soi caché" n'était pas aspirée par le sentiment d'une perte annoncée. Le gain et la perte allaient ensemble dans la vie. Le doute de soi n'avait pas lieu de se dramatiser en haine de soi. Alors on pouvait vivre à la frontière de la joie et de la peine selon un ordre humain que le divin ne bousculait pas outre mesure...
    Une certaine leçon de la Grèce antique mériterait d'être réentendue par ces temps sombres où les machines s'emballent jusqu'à nous faire confondre leur pouvoir avec cette frêle sagesse, ironique et tendre dont nous avons besoin.
    ***

     

    (1) Lucrèce, De natura rerum - trad. André Lefèvre - Société d'éditions littéraires - Paris 1889.

    (2) Cf. Christian David L'état amoureux - Payot 2001.

    (3) Le cri de ralliement franquiste pendant la guerre d'Espagne.

    (4) Les études sur le comportement des marines américains durant la guerre de Corée ont montré cette "fragilité" des héros.

    (5) Bien qu'il ne soit pat un "fou de Dieu" radicalisé, on pense à Charles Peguy et à son désir de dépassement auto-sacrificiel.

    (6) Pour reprendre l'expression de Georges Bataille.

    (7) Le retour des fascismes voire des nazismes et autres radicalismes ne le montre-t-il pas assez ?

    (8) Pour reprendre l’expression du romancier Vercors.

     

     

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    APPEL

    NOUS ATTENDONS Alireza RÔSHAN
    Poète parmi nous...

    Maintenu avec son épouse et son fils, comme tant d'autres en Turquie dans une petite ville de province, sous l'autorité des nations-unies et dans des conditions limites de survie (1),le journaliste, poète soufi iranien, Alireza Rôshan, membre de la confrérie des Derviches Ghonâbâdi, attend depuis mars 2018 et pour combien de temps encore un statut de réfugié politique de préférence en France ou dans le pays qui voudrait bien l'accueillir.
    Arrêté en Iran pour ses activités d'animateur d'un site sur sa confrérie et condamné à un an de prison, Alireza Rôshan s'est fait remarquer depuis plusieurs années sur « la toile » pour la qualité de sa poésie d'une grande spiritualité (2), relevant à la fois de la tradition persane par fragments-éclats de veine aphoristique et résonant non moins avec de beaux moments de la poésie symboliste autant qu'avec une certaine fougue « incisive » de surréaliste.
    Le poète s'inscrit au coeur du "politique" au sens le plus antique du combat de l'amour pour un monde de l'inséparable entre natures.
    Son écriture surgit de l'esprit du poème comme une respiration première et essentielle, toute de vigilance à l'endroit de la solitude et de la souffrance qui adviennent au jour humain. Elle relève de cette beauté du devenir ensemble à chaque instant de la présence les uns aux autres. Elle nous fait ainsi "veiller" aussi intensément que la lune demeure pour nous voir nous aimer sous son clair.
    Cette poésie nous captive par sa grande limpidité qui ne fait aucune concession à la facilité, elle assure sans relâche cet aller venir de l'immanence à la transcendance et son retour selon une posture joyeusement critique. De ce fait, on ne saurait souffrir que son auteur fût maintenu en attente d'une aire d'asile où les abriter: lui sa famille et son verbe poétique contre le silence, l'ignorance, dans la séparation avec tout un monde sensible si amoureusement appelé.

    Tenir en attente Alireza Rôshan, que nous connaissons à travers la subtile puissance de son écriture, c'est aussi nous retenir dans cette souffrance-impatience de la Rencontre en chair et présence avec celui dont le souffle poétique donne tout son sens à l'espoir d'un autre monde.

    Les ci-dessous signataires demandent donc instamment aux autorités responsables de prendre la décision d'accueillir en France Alireza Rôshan.
    Philippe Tancelin
    Poète Philosophe

    1-Pas le droit de travailler sinon comme ouvrier agricole non déclaré avec un salaire de 50 lires (6,50 euros parjour) en payant gaz, électricité, loyer et nourriture.
    Interdiction de sortir de la Zone déterminée par les Nations-Unies sans autorisation et laisser-passer de la police.
    2-Alireza Rôshan a reçu le premier Prix André Verdet du poète résistant en juin 2013 ( Trad. jean-Restom Nasser et Tayebeh Hashemi).
    Septembre 2012 un article sur son recueil "jusqu'à toi combien de poèmes" paraît dans Al-Hayat (quotidien de langue arabe).Publication de poèmes brefs par PO&PSY.

    Envoyer vos signatures : phtan1@orange.fr

     

    Nom Prénom Qualité Mail
     


    TANCELIN Philippe (Professeur émérite Université Paris8) phtan1@orange.fr

     

    *TERLEMEZ Serpilekin Adeline (Docteur Poète Traductrice) serpilekinadeline@gmail.com

     

    *Türker-Terlemez Sevgi ( Ecrivaine Traductrice) sevgican.turker@gmail.com

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Ce n'est pas simple d'être un poème palestinien en sa langue...sous le joug d'Israël

     

    Depuis des temps maudits, on sait hélas par une certaine « justice » en certaines terres ce qu'il en coûte non pas d'être une, un poète indifférencié pour la gloire d'une poésie sans visage mais d'habiter cette, ce poète d'une humaine histoire de la verticalité de l'être dans sa liberté.

     

    Si en nos temps de répression, il était encore besoin d'actualité, « la justice » israélienne vient d'en produire une par la condamnation à cinq mois de prison ferme de Dareen Tatour pour son poème « Résiste mon peuple, résiste-leur » écrit en 2015 à l'occasion des manifestations sur la place des mosquées puis enregistré par l'auteure et publié sur “youtube”.

     

    Bien sur c'est l'indignation et la révolte qu'un tel jugement peut et doit susciter chez toute personne soucieuse de liberté d'expression. C'est aussi l'odieux visage de « la justice » en l'état d’Israël qui se révèle à nouveau sous son caractère prétendument démocratique.

    A cet égard, il doit être fait appel à la responsabilité historique de celles et ceux qui depuis trop longtemps couvrent de leur silence la persécution des palestiniens, la criminalisation des moyens de résistance qu'ils déploient en vue de la libération de leur peuple.

     

    Si parmi ces moyens, la poésie figure en haute et glorieuse place autant grâce à ses poètes d'hier qu'à celles, ceux d'aujourd'hui, c'est parce que ces mêmes poètes ont engagé courageusement leur verbe dans un combat de libération... libération d'un peuple pour l'usage libre de sa langue, la poursuite de sa création culturelle-artistique.

     

    La sentence infâme qui vient de frapper la poésie à travers notre sœur Dareen Tatour ne manque pas de nous rappeler que ce n'est pas une forme symbolique plus ou moins abstraite de la poésie en soi qui est ainsi emprisonnée mais bien l'Histoire en sa qualité de poésie surgie d'une humanité insoumise, créatrice depuis tous les états de sa parole, de son écriture, de sa langue et de son choix de résister contre les atteintes liberticides.

     

    Ce n'est pas sur « un simple poème » comme d'aucuns voudraient le penser que l'injustice s'abat non plus qu'elle vise mortellement « un simple manifestant pacifique du retour »

    Les manifestants du droit au retour sont des poèmes vivants comme le poème « résiste mon peuple, résiste-leur » est le manifeste pour une respiration à hauteur de l'histoire qui nous transmet sans relâche le sens juste de la lutte pour vivre sans bourreau.

     

    Il n'est pas simple d'être un poème en temps de barbarie

    Il est difficile d'être poète dans son temps

    La poésie ne juge pas, elle inspire le réel

    Notre sœur-poète Dareen Tatour nous inspire le chemin d'une poésie

    radicalement pensée et écrite dans le combat du rêve présent

     

     

     

     

    Philippe Tancelin

    poète-philosophe

    8 août 2018

     

     

    Article Réfugies

     

    Dans une écriture cinématographique qui compte tenu du thème abordé, propose une image très pudique, « human flow » est un documentaire saisissant sur les flux migratoires à travers la planète terre.

    Les « réfugiés » auxquels nous préférons le terme « demandeurs d'asile » c'est à dire qui attendent de ceux à qui ils s'adressent protection et abri dignes d'une humanité responsable, sont présentés ici sans distinction des motifs économiques ou de guerre de leur exil. La considération au plan planétaire de ces flux migratoires ouvre un aperçu assez exhaustif du phénomène sous toutes les formes tragiques qui lui sont propres.

    La démarche d'enquête qui guide ce documentaire insiste sur les conditions ou le refus catégorique d'accueil des pays confrontés à des populations traquées et en errance.

    Ces conditions, malgré leurs différences quelquefois singulières, relèvent toutes de l'urgence certes mais n'en démontrent pas moins dans la majorité des cas, une grande négligence pour ne pas dire mépris des politiques des pays concernés. Ces attitudes vis à vis de populations désemparées confinent le plus souvent à l'indignité, à la cruauté, laissant entrevoir au témoin spectateur les plus sombres perspectives d'avenir pour ce qui concerne les réponses des pays nantis et pacifiés vis à vis de l'accroissement de ces flots d'humains frappant aux portes de l'occident.

    Certaines de ses perspectives étant déjà évidemment dessinées à travers les rassemblements concentrationnaires le long des frontières des pays, et les mesures policières dissuasives ou répressives prises pour les contenir...jusqu'à quand et sous quelles formes exacerbées contraires à tout contexte démocratique... ? C'est ce que ce film nous amène à nous demander.

     

    Réalisé selon l'esprit d'un constat de réalité qui ne néglige pas par instant le face à face de la caméra avec les victimes et les acteurs traditionnels de la première assistance (HCR, bénévoles souvent contrariés dans leur mission), ce documentaire procède souvent et heureusement d'une « esthétique du témoin »,en ce qu'est engagée la responsabilité éthique et politique de son regard et de sa présence aux choses.

    Philippe Tancelin

    Pourquoi ?Comment accueillir la poésie palestinienne contemporaine ?

    Texte par Philippe Tancelin Mars 2018

     

    https://uploads.strikinglycdn.com/files/f0737af3-b959-4004-a303-3c610c638998/Comment accueillir la poésie palestinienne contemporaine.pdf?id=106700

     

  • Porteurs de Paroles II

    Poètes francophones pour une paix universelle.

    https://youtu.be/sHcITm_4c5o

     

    ***********************************

    29 -30 novembre 2016 Extraits de 24h de poésie pour la paix universelle à l'hôtel Istria 29 rue campagne première Paris 14 par Philippe Tancelin Pablo de Poblette Mario urbanet

      https://goo.gl/photos/QPDHvUZDJ3E8TnLZ6

    Chant des langues F&S Delmas

     

    https://uploads.strikinglycdn.com/files/d7ab921a-7b5a-4fd3-afce-570c7c955c24/chant des langues F&S Delmas (1).pdf?id=53409

     

     

     

      

  • Porteurs des Paroles III

     

    Tribune 7

     

    Quand prévoir ne doit pas oublier de voir.....


    Bien sur ce 16 mars prochain, on espère un autre jour « pour entrer dans un monde meilleur » comme le laisse lire ce fragment écrit sur un mur de boulevard parisien...
    Bien sur ce 16 mars, on le veut sinon décisif du moins d'une voie (x) d'appel, renouvelée pour voir autrement venir et vivre différemment les jours suivants...
    Bien sur ce 16 mars, on le désire une autre page sur le cahier non pas de doléances mais d'exigences de mettre fin à des souffrances dont seul un réel partage, sait faire entendre leur mesure...
    bien sur ce 16 mars, on cherche sinon la réalisation au moins l'écoute d'un vœu de convergences des luttes, des efforts dispersés, fragmentés, éclatés, sous la catapulte des commentaires des pouvoirs politico-médiatiques et leurs élites méditatives.
    Bonheur donc à ce 16 mars, carrefour culminant des 17 samedis en actes qui précèdent.

    Si beaucoup d'éléments politiques, sociologiques prêtent à l'intelligence, à la lucidité, une disposition pour que ce 16 mars satisfasse un désir commun, sans doute vaut-il mieux se garder de toute prévision pour se préparer à accueillir l'étonnant quel que soit son contenu, tant il apparaît depuis le début la fortune des « gilets jaunes ».

    Qui ne fut pas surpris en effet de voir surgir d'une initiative individuelle de pétition contre la hausse des carburants, l'occupation soudaine de centaines de ronds-points à travers le pays !
    Qui ne fut pas surpris de la répétition toujours différente des déambulations de plus en plus labyrinthiques du samedi !
    Qui ne fut pas surpris du soutien massif reçu par ce mouvement malgré toutes les embuscades tendues !

    17 actes se sont jusqu'à ce jour succédés. Leurs nouements et dénouements dans le rapport dramatique avec l'ordre public, ont ressemblé par certains aspects à une tragédie anté-aristotélicienne : lorsque le choeur tragique apparaît sans acteur c'est-à-dire sans représentant de son assemblée réunie dans une communion d'appel, et qu'il demeure néanmoins omniprésent, ici d'une seule couleur qui détourne la loi sociale (gilet jaune)et d'un seul chant ( non à la fin du monde en fin de mois), sur la scène circulaire du rond-point, visible de tous sans bouger, autour de l'autel de la résistance avec pour chef de chœur la toile du réseau social.
    Ces 17 actes on suscité des débats d'une extrême vigilance et d'un apprentissage de la démocratie vivante , Ils ont provoqué une immense circulation, confrontation de pensées et d'opinions ; ils continuent de le faire à la plus grande surprise de tous et ressemblent bien à ce qu'on nomme élogieusement un Étonnement.
    C'est ce même étonnement dont le poète nous rappelle qu'il est le fruit à préserver de notre enfance au monde et c'est celui-là qui est en question aujourd'hui.

    A trop considérer, analyser, convertir de prétendues incohérences en logique politicienne, quelque chose risque de se perdre de vue.
    Grande précaution ne faut-il pas prendre ce jour vis à vis de toutes projections à court comme à moyen terme sur les lendemains !
    On sait de haute mémoire de luttes combien il faut se méfier de tous rendez-vous catégorique qu'on voudrait fixer au courant du fleuve histoire. Les récentes expériences de mobilisations (loi travail, retraites , sncf, parcoursup..), ont rappelé que prévoir non seulement n'est pas voir mais peut provoquer le déplorable effet de distraire, de faire digresser quand ce n'est pas d'occulter ce qui « saute aux yeux ». Pour ce qui concerne ces 17 semaines dernières, n'oublions pas ce que représente sans aucun doute un des plus beaux apports de ce mouvement.

    Ce que d'aucuns s'étonnent chaque samedi venant.
    Ce sur quoi d'autres s'interrogent, s'interpellent, et se chicanent sans bien comprendre.
    Ce que le plus grand nombre retient non sans crainte pour certains, avec admiration pour d'autres, est ce qu'ils nomment dans une langue convenue: "détermination, courage, persévérance voire obstination".
    Les commentaires les plus insidieux comme les plus grossières tentatives de diversions, intimidation, discrédit, marginalisation, criminalisation, offenses, opprobre, mépris culturel de classe à travers une lutte sans merci à l'intérieur même du langage, détourné, capturé par les tenants du discours instruit... tout cela a échoué jusqu'alors non sans surprendre même les plus engagés dans le mouvement.

    Chercher à prévoir ou préparer un rendez-vous pour que demain s'élève à la hauteur d'un désir plein d'ardeur, est sans doute compréhensible. Cependant, au risque d' une projection, trop hâtive sur le lendemain, mieux vaut-il veiller à ne pas prendre distance et regarder au plus près en quoi consiste , la puissance de ce mouvement laquelle, l'a mené où il est avec cette aptitude à déjouer tous pronostics des prétendus doctes en la matière.
    .
    Cette aptitude est celle du faire geste, au sens le plus intime et profond de toute relation humaine digne de sa nature.
    Depuis 17 semaines et grâce à elles, par leur répétition toujours différente, un geste s'est fait, le geste d'une présence malgré tous les vents, un geste de retrouvailles possibles entre communs divisés, un geste d'effraction dans le rapport à l'ordre public, à la convention de distribution autoritaire des rôles, des permis de paroles, des gestions de causes,des repères de légitimités, un geste de libération dans la circulation-habitation des territoires, un geste de passage d'une communauté réduite aux acquêts à une communauté totale, un geste d'adresse à celles, ceux qui n'osent pas encore, ne risquent pas le pas dehors, ceux qui ont peur de laisser la maison seule..un .geste sublime d'offrande d'un temps privé (familiale-samedi-dimanche) à un temps civil, collectif.

    Comment avoir tant patienté ce geste et pire encore l'avoir éloigné sensiblement au nom de la raison, et d'une certaine orthodoxie d'écriture du cours historique des événements. Comment l'avoir rejeté au nom de la logique d'étapes dans la construction de rapports de forces, l'avoir rayé du vocabulaire au nom de « sorties de crise par le haut » dont on comprit très vite qu'elles étaient les bas-fonds de dresseurs de plans d'architectes de fin de luttes plutôt que de bâtisseurs d'habitats dignes de résister aux adversités.
    Quelle plus lourde peine, quel plus grand désert, serait d'oublier ce geste, ce signe d'adresse de la présence sensible aux victimes de l'isolement collectif ! Quelle plus grande perte, plus douloureuse séparation, plus lâche abandon serait de mettre entre parenthèses ou négliger un instant seulement ce chant d'un nouveau choeur tragique de l'antiquité humaine que nous portons sans cesse en nous.!

    Si les gilets jaunes et toutes celles, ceux qui s'y joignent, expriment leur colère , leurs refus, leurs rancœurs contre ce qui les limite, les silence, les efface, les méprise, rien...rien jusqu'à présent ne les dissuade de s'assembler malgré les blessures, souffrances physiques et morales endurées dans les manifestations.
    Ils continuent de s'assembler pour des revendications multiples, différentes voire contraires mais non contradictoires et ce, à l'infini de leur désir d'égalité et de respect. Ils s'assemblent sous de très rares mot-d'ordre et comment ne pas s'en réjouir...ne pas applaudir ce peu de mots en ordre pour l'Ordre, quand c'est une autre langue de passage du vécu soumis au sens libre de vivre qui s'invente. Ils s'assemblent sans lasse et quelque soit leur nombre (au mépris même de leur numération). Ils sont là, en mille lieux ensemble à nous faire signe de notre propre présence à ce monde en commun.

    Depuis quatre mois et en 17 actes, ils ont grandi, étendu le geste d'un entre-soi de difficultés de vie, à un geste-cadeau de la présence de chacune, chacun à l'autre, cette même présence qui nous fait tenir par nos zéniths .

    Les 17 actes ont ouvert nouveau cahier d'écriture collective à la page première du pourquoi et comment vivre dans l'égalité sous toutes les couleurs d'encres d'expression libre
    C'est un cahier sans marque page ni date de prédilection fût-ce pour un 16 mars ou un autre jour... C'est un cahier de pages nues où mots et gestes se joignent par étonnement mutuel qui résonne d'un devenir aussi pur que nous préserverons et nourrirons notre puissance à l'accueillir.


    Philippe Tancelin
    poète-philosophe

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    ACTE XII...la leçon du respect

     

    Des milliers de ronds-points animés, des dizaines de barrages dressés, plusieurs milliers de kilomètres d'itinéraires poursuivis, plus d'un million de manifestants toutes générations confondues et beaucoup de femmes... douze semaines de mouvement sans fléchir malgré la répression.

    Comment porter une voix sans haine ni vengeance mais avec exactitude devant le dédain ? Comment porter la blessure autant physique qu'affective face à l'injustice et la brutalité d'un système de pensée économique et politique broyeur d'humanité ?

    Dans quelle langue dire l'urgence de la reconnaissance de ses plaies à une autorité ayant perdu tout sens de la réalité qu'elle fait vivre à ses victimes ?

    C'est ce que questionne depuis douze semaines à l'adresse du pouvoir, la multitude étoilée de gilets jaunes exigeant le respect de son identité.

     

    Respect de ses blessés.

    Respect de son indépendance vis à vis des partis, syndicats,organisations diverses et variées.

    Respect de sa parole directe hors tout représentant-leader-faussaire

    Respect de son intégrité dans le choix de ses actes, de ses pensées, de ses propos.

    Respect de sa fraternité exemplaire dans la différence.

    Respect de son imagination créatrice d'un « NOUS » habitant du monde sur tous les horizons.

     

    Cette exigence de respect devrait être perçue par des autorités responsables comme un véritable enseignement que le peuple leur dispense avant qu'elles ne s'abîment dans le mythe autoritaire d'une légitimité sans épreuve. Une telle leçon donnée depuis trois mois par le mouvement tient dans son insistance et sa détermination d'habiter la rue comme s'il s'agissait à travers elle, d'affirmer qu'on habite sur cette terre, ensemble pour un séjour commun dans l'esprit magnifique que révèle cette phrase étonnante écrite sur une pancarte de manifestant . « début de nous à la fin du moi »

    C'est un rapport tout autre au monde et à la communauté humaine qui s'exprime là, à travers une amitié tissée jour après jour dans la rencontre fraternelle avec l'autre au cœur du mouvement. C'est cela qui permet aux femmes et hommes de durer dans la lutte et de se donner le droit de continuer à vivre malgré et au-delà de leur peine et des blessures qu'on leur infligeChaque jour sur les ronds-points, dans les cabanes, au cours des assemblées populaires où on débat de ce qu'on va agir pour durer, mais aussi à l'occasion de chaque marche hebdomadaire et son bilan, il se forge certes une dynamique de coopération entre tous, et plus encore une puissante manière d'habiter ensemble sur terre aujourd'hui. En cela se recrée la légitimité du séjour humain sur cette terre ainsi que les moyens de la préserver en tout respect de la Nature.

    A cet égard, le mouvement des gilets jaunes est un mouvement authentiquement poétique non pas au sens, détourné et confus d'arracher quiconque à la réalité pour fuir dans un rêve sentimental. Bien au contraire, il est poétique car il est capable de mesurer pleinement au cœur du réel, toute l'étendue de la peine que tous vivaient jusqu'alors solitairement dans la division tandis que maintenant, heure après heure, grâce à la lutte, tout s'éclaire d'un ciel certain en chacune, chacun grâce au fruit d'une profonde fraternité construite, vécue. C'est cette fraternité à elle seule qui fait s'aimer être Homme sur notre terre et permet de relever la tête par-de-là ses blessures.

    L'acte poétique qui consiste à vivre dans cet esprit malgré la répression et le déni des possédants, n'est pas de toujours, ni définitivement acquis. Il dure comme nous le rappelle le poète Hölderlin , aussi longtemps que « ce qui de pure amitié dure encore... »

     

    Dès lors qui s'étonnera que les semaines passent et que ceux qui s'impatientent d' attendre la fin du mouvement, pâlissent de fureur autant que de peur devant autant d'endurance.

    Le grand enseignement poétique et philosophique que les « gilets jaunes » donnent à l'époque et à nos politiques est le suivant : Loin des plans qu'un architecte bien intentionné dessinerait en vue de construire l' habitat pour un mieux être, c'est le mieux être lui-même qui est l'unique habitat digne d'un séjour humain sur terre, entre les Hommes. Cet habitat est construit par le vécu de tous depuis la maison ouverte à l'autre jusqu'à la rue du monde...

    Il faut entendre la dimension planétaire que peuvent prendre aujourd'hui les résonances de ce mouvement. Sa couleur, habitée du courage de celles et ceux qui durent, rend étonnamment visible la beauté étrangère de cette lumière surgissant maintenant de l'apparence obscure de la réalité sociale familière.

     

    Philippe Tancelin

    poète-philosophe

     

     

     

     

     

    Tribune 5

     

    Du nouveau sens des couleurs

    ... « sans raison garder »...

     

    Il semblerait que depuis le « voir rouge » courroucé des autorités à -travers leur répression du mouvement des gilets jaunes et devant sa persistance, le gouvernement au nom de la « raison garder » se soit senti obligé d'ajuster sa vision des couleurs à une certaine réalité sociologique du pays.

    S'appuyant sur maintes études dispensées gratuitement par une frange de diplômés dont les sondages disent leur lassitude sinon leur exaspération devant le mouvement des gilets jaunes, le pouvoir avec les aides médiatiques dont il dispose, s'est engagé depuis quelques jours dans une campagne de reconquête, non pas de l'opinion publique mais de sa pratique publique de l'opinion, à savoir « la communication ».

    C'est ce que signifie l'opération de lancement sur orbite électorale du « Grand débat » à l'adresse de toutes, tous, avec la complicité des docteurs en pacification par le « logos ».

     

    Du « voir rouge »,surgit ainsi le « voir blanc » des architectes de la paix sociale c'est-à dire de la réconciliation des inconciliables.

    On entend en effet le mot « fracture », revenir à la charge contre le « ni, ni... » comme s'il s'agissait d'un malaise dans le vocabulaire que pourraient régler les « gens de lettres » à la place de « les gens de rien », ces pauvres gens « peu diplômés » qui comme nos responsables et doctes politologues, le disent haut sur les chaînes radio-télé du service public, « manquent d'outils conceptuels et de profondeurs de réflexion pour construire une cohérence de leur mouvement »

    Si les phraseurs diagnostiquent à nouveau « une fracture », qu'ils sachent que leur mépris de classe (sur-diplômés contre peu diplômés) la rend irréductible et que c'est bien d'une lutte de classes en re-devenir dont il s'agit plus que d'un mouvement en marche, vers un dialogue social entre sujets de bons tons sous tous rapports.

     

    N'en déplaise à celles et ceux qui se posent « en capacité de gouverner » ainsi qu'à celles et ceux qui cherchent cohérence, construction de programme de revendications, et ou fédération des mécontentements, rassemblement des luttes, le jaune n'est pas une couleur sur la palette d'artistes pour une œuvre esthétique qui ferait date dans l'histoire de la peinture sociale des luttes.

    le jaune n'est pas une couleur sur la palette d'artistes pour une œuvre esthétique qui ferait date dans l'histoire de la peinture sociale des luttes. Le jaune est cette vision solaire de vivre à hauteur de sa lucidité, dans l' univers crépusculaire de nantis qui sont prêts à toutes les nuits du monde pour sauver leur groupe électrogène de chevet.

     

    Depuis « raison garder » et tous unis par la même représentation d'un univers limité au devoir de comprendre ce qui a raison d'être entendu, les agents des pouvoirs seraient prêts à une sorte de « post-démocratie », capable d' écouter les raisons de se révolter d'un peuple souffrant d'inégalités et selon eux de complexe d'infériorité de salaire.

    C'est hélas pour les technocrates du concept, ne pas compter avec cette immense part d'irrationnel qui fait d'une conscience d'exploité, d'opprimé, de déchu de ses droits d'expression et de création, un authentique artiste de sa révolte : une femme, un homme qui conçoit et fait de sa vie le chef-d’œuvre de s'aimer autre. S'aimer dans un visage, une voix un corps en ces mouvements qu' impulse l'éthique même de la rébellion.

     

    Ainsi peut monter d'un cortège, d'une assemblée, d'un rond-point, la trace d'une histoire immémoriale de la révolte quand elle vient habiter chaque conscience comme une présence irrépressible, un pressentir d'urgence à devoir réaliser tout ce qui a été empêché de se vivre , de se rêver pour vivre

    A la fameuse cohérence des « corps intermédiaires » que proposent contre la peur du chaos, les récits de l'histoire des mouvements sociaux, s'oppose une autre voie d'expression, celle qui prononce l'intuition ensemble du tout ici possible contre la fragmentation, la pulvérisation des résistances par les pouvoirs.

     

    Il n'est pour exemple que de regarder une manifestation de gilets jaunes, de saisir le rythme intérieur des voix, la grande fresque des visages, des corps remontant de la petite mort qu'on leur impose vers la conscience de leur liberté absolue qu'ils réinventent dans une langue originaire . Cette langue est assurément celle du poème que constituent certaines petites pancartes individuelles et anonymes ou encore le rythme poétique des corps, la danse des faces, la peinture des traits de physionomie bouleversés par ce rapport immédiat avec le réel.

    C'est un tel rapport qui subvertit aujourd'hui et sans ambiguité l'expression :

    « On a raison de se révolter » par son autre : « On a révolte de ses raisonner »

     

    Au grand désespoir prochain des raisonneurs qui ne le voient ni ne l'entendent...

     

    Philipe Tancelin

    poète-philosophe

    25 janvier 2019

     

     

     

     

     

    Tribune 4

     

    Révélation d’une avant-garde… La grande peur d’une apparition

     

    Par un vent glacial et puissant qui accentue le ressenti de froid et malgré les quelques braseros dont les lueurs réchauffent plus les esprits que les corps, ils sont cette nuit de la St Sylvestre vers 22h un peu plus d’une centaine de gilets jaunes sur le grand rond-point d’Aubenas en Ardèche… Quelques drapeaux tricolores sont plantés au sommet de modestes tentes-abris. Au centre de la partie blanche du drapeau, un poing levé suivi du dessin du département.

     

    D’abord, c’est le partage de sourires illuminés de tendresse qui circule d’un regard, d’un visage à l’autre sans hésitation, à l’adresse de tout venant avec gilet ou non, puis c’est le partage encore, celui de nourritures apportées par chacun(e) et sont offertes ici simplement, généreusement par les mains tendues. Certaines de ces mains sont frêles, d’autres plus marquées par le dur ouvrage. Elles émergent de plusieurs couches de tricots, blousons, anoraks pour affronter les bourrasques.

     

    Ensuite c’est la parole, tel un fleuve puissant et régulier qui file de lèvres en lèvres, liées par une même joyeuse pensée critique. Elle s’anime d’une singularité d’expressions habitées du réel qui transforme à cœur ouvert la langue de communication en une corne d’abondance d’échanges.

    Là, on vit au présent, on profère, on témoigne de cette mutuelle reconnaissance d’être debout ensemble à contre-courant des logiques politiciennes. On s’encourage à une écriture collective de l’histoire, une autre histoire surgie de manière atypique, subversive qui lance un défi à sa propre mémoire populaire. On s’enflamme par l’imaginaire d’un lendemain fier de la dignité recouvrée grâce à l’héritage de résistances en train de se constituer et de se transmettre aux enfants et petits enfants…

     

    Sur l’herbe rase du rond-point, derrière les tentes se dressent en mémoire des morts du mouvement onze croix blanches ceintes de fragments de gilets jaunes.

    Lors, d’autres sont venus… ils sont près de deux cents, dos aux centres commerciaux, les yeux vers la plaine et au loin les collines. On découvre un étonnant mélange de générations, depuis les plus adolescents, leurs grands frères et sœurs, leurs parents dansant au rythme des flammèches qui s’échappent des braseros, jusqu’aux plus âgés des grands-parents et même arrière grands-parents, siégeant sur leur chaise de camping, couvertures polaires aux genoux. Ils rient d’un bon rire qui refuse bien les vœux d’un Président imbu « du pouvoir qui lui a été malencontreusement prêté mais appartient au peuple qui le reprend » avec ses chants comme celui des « partisans » selon une écriture magistralement actualisée.

    « Vaut mieux mourir debout que de vivre à genoux », « Ne lâchons pas nos enfants face aux lâchetés des possédants » peut-on lire sur les gilets.

     

    Si d’aucuns entre les nantis, les éclairés, les élites et parmi eux tant d’autres « Assis » se demandent aujourd’hui «qu’est-ce que le peuple ?» « Où est le peuple ? » « Qui se prétend peuple ? »… Qu’ils apprennent et sachent entendre ceci: OUI depuis deux mois en France et pour une durée qui n’appartient qu’au courage de la Fraternité lorsqu’elle sort de ses gravures dans la pierre des édifices pour retrouver la ronde vivante des indignés, des révoltés, oui, le PEUPLE se réinvente dans une nomination qu’il prononce nouvellement. Il crée, écrit les événements de tout son corps pensant avec une orthographe du combat de l’imaginaire, selon d’autres conjugaisons de manifestations, d’étonnants tissages de solidarités, de bouleversants accords de participes avec les auxiliaires Avoir et Être qui ont été détournés par les grands propriétaires d’actions et de pensée du progrès ou encore d’une post-modernité anesthésiante.

    Oui il serait temps de percevoir l’intelligence et la créativité, de cette avant-garde révélée de femmes et d’hommes dessinant le vrai visage d’un peuple libre dont on dissimule la lucidité sous le voile de « gilets jaunes radicaux » quand ils écrivent sur certaines de leurs affiches : « Sachez bien une chose, ce mouvement des gilets jaunes est surement l’une des dernières révoltes populaires de masses, possible en France. Dans les prochaines années, l’intelligence artificielle, la reconnaissance faciale, les techniques de maintien de l’ordre et de surveillance empêcheront les peuples de se soulever. Pensez-y avant de raccrocher le gilet. »

    Cette avant-garde sur le grand rond-point d’Aubenas ou de tant d’autres ailleurs en le premier de l’an 2019, porte à voix haute et à visage découvert le véritable poème d’habiter autrement la vie et le monde, de les aimer, de s’aimer d’une juste manière humaine.

    La sage pensée ingénieuse, poétique qui anime pour une large part ce mouvement de révolte contre les injustices et les inégalités, protège aussi la nature. Elle y est chérie et respectée au nom même des signes-répliques par lesquels elle se manifeste face aux attentats que commet contre elle le système économique mondial et les ordures qu’il répand.

     

    Contre une peur certaine de l’autre que suscite notre seul complexe sécuritaire, réapprenons à nous inquiéter les uns des autres à travers ces gilets de protection qui ont la couleur solaire de notre possible humain devenir.

     

    Philippe Tancelin / poète-philosophe

    2 janvier 2019

     

     

     

  •  

    EFFRACTION 1

    lectures manifestations créations publications EFFRACTION

    Ce collectif s'est formé au début de l'année 2015. Face aux propos consensuels qui peuvent se tenir sur la culture les arts et la poésie que certains voudraient "sauveurs d’un monde chaotique", des poètes, des artistes originaires des cinq continents se sont réunis dans le souci de poser la question de la pertinence d’une parole poétique, artistique au coeur de la cité contemporaine. Ils cherchent à travers cette expérience collective à définir les termes de leur claire indépendance vis à vis des mouvements d'opinion issus du traitement singulier et souvent univoque que la puissance médiatique inflige aux événements, les plus anodins comme les plus graves.

    C'est dans cet esprit qu'ils ont pris le nom de "Collectif effraction" , (au sens littéral du terme) : tel un surgir avec force contre ce qui limite, clôture, interdit tout libre accès...

    Quelle autre langue plus débordante, commettant effraction dans les territoires dominants du verbe, que la poésie! Quelle urgence plus grande que d’écrire poétiquement notre monde, aujourd’hui en tous ses états…et de confronter cette écriture à la langue sécuritaire de plus en plus écrasante.

    Depuis une telle dynamique qui s’est développée au long de réunions régulières, les poètes et artistes ont conçu puis réalisé un premier ouvrage collectif intitulé ("Effraction1; s/s titre : "fragments et lambeaux"), dont on pourra lire ci-dessous des extraits de la préface :

     

    "Des femmes, des hommes sont montés de nos mémoires, contre nos oublis, ils sont apparus en cohortes de fragments surgis de l'antiquité de leurs dits, leurs écrits pour croiser les nôtres aujourd'hui et co-signer avec nous, cette belle « effraction » de la pensée dans le convenu des opinions- expressions que tisse au quotidien le discours médiatique sur l'actuel.

     

    Dès lors pas de prétention à révéler, vouloir éclairer, dévoiler les maux de ce jour, de notre époque, d'une période difficile et de détresse mais l'unique désir collectif et fragile de tenter d'accueillir à plusieurs ces signes de haute lucidité que nous adresse depuis la cité, l'humaine histoire contemporaine par ses actualités les plus subtiles comme les plus tonitruantes.

     

    Aux « fragments » des sages d'hier qui se sont élevés et ont retenti au long des siècles comme un lancer d'espoir en étonnante résonance avec notre actualité, succèdent ici nos « Lambeaux » comme autant d'arrachés de chair vivante à nos corps d'écritures. Ils se voudraient intègres

    et sans compromis avec les propos invariants qui scandent des événements parfois bouleversants. Ils s'offrent lueur d'espoir dans l'obscurité des augures de faux prophètes.

     

    Nous n'avons pas fait ici le choix de la quiète construction d'un discours autorisé qui se croirait averti du monde. Nous avons dressé le pari plus risqué de l'effraction de nos propres corpus d'opinion, de réflexion sous l'urgence de ce souffle du poème en sa quête de beauté par l'écrire, le dire, le chanter d'un monde autrement attendu et voulu…»

     

    … Que le lecteur déambule à sa guise à l'intérieur de chaque partie de ce recueil ou sursaute de l'une à l'autre, nous lui souhaitons heureuses rencontres à travers tous les temps et continents d'expression.

     

     

  • LE COLLECTIF II

    Publication

    Ce livre est composé de deux parties ,l'une regroupant de courtes citations d'auteurs de référence dans la mémoire de la dignité humaine, l'autre partie constituée de textes des poètes du collectif, soucieux de résonner avec cette mémoire, depuis une posture éhique-critique vis à vis du monde contemporain en ses actualités obscures.

    Le cours du collectif

    Réunions

     

    Le collectif se réunit une fois par mois dans des lieux différents, au gré des affinités naissantes.

    Il y débat de façon continue sur la place du poète dans la cité et réfléchit sur les modes d'interventions-créations-lectures les plus opératoires dans le contexte actuel de la présence et de l'acte poétique.

    Un compte rendu détaillé est rédigé à l'issue de chaque réunion

    Le prochain collectif se tiendra le 13 mars à Paris sur :

    les modalités de diffusion du livre,

    le devenir du collectif

    débat sur l « l'urgence du poétique dans la cité sous tous ses états »

     

    Propositions

    Chroniques des temps présents

    Il s'agit de textes non poétiques de réflexion, témoignage, opinion rédigés par les poètes au regard des événements du temps présent.

     

    Poèmes dans la citée

    Textes poétiques en rapport avec « les choses de la cité »

     

    Les imaginations collectives

    Propositions « déréalistes pragmatiques » d'intervention

    ou la révolte de se raisonner

  • Poètes du Collectif EFFRACTION et leur

    Univers

    Photos et Présentations des Poètes du Collectif EFFRACTION

    en quelques lignes

     

    Philippe Tancelin

    est poète et philosophe, professeur émérite de Philosophie esthétique de l'Université Paris8.

     

    Fondateur avec Geneviève Clancy et Jean-Pierre Faye du CICEP ( Centre International de Créations d'Espaces Poétiques), auteur d'une trentaine d'ouvrages de réflexion esthétique et de recueils de poésie.

    Directeur de Collections de Poésie aux éditions l'harmattan,

     

    il anime des ateliers de création poétique et est traduit dans une dizaine de languesDerniers ouvrages aux éditions l'harmattan: "Poéthique de l'urgence",(2012) "l'ivre traversée de clair et d'ombre"(2013) , "Seuils"(2014) et aux éditions du CICEP: "Au large de l'éphémère" 2014"cet insoupçonné levant ed. L'harmattan 2015 / A fleur de clarté. Ed Unicité

     

    José MUCHNIK Poète et anthropologue, né en Argentine dans une quincaillerie du quartier de Boedo de la ville du Buenos Aires, quartier où ses parents, immigrants russes dans ces terres, avaient jeté l’ancre. Docteur de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales de Paris, spécialisé dans l’étude des cultures alimentaires. Membre fondateur du groupe « Traversées Poétiques », correspondant du journal « Generación Abierta » à Paris, membre du comité de lecture de la revue « Souffles ». Il a publié des nombreux ouvrages de poésie, parmi eux : « 100 Ans de Liberté et Coca Cola », éd. L’Harmattan France ; « Amazonie j’ai vu », éd. Bilingue (espagnol-français), éd. Louma, Montpellier ; « Calendrier poétique 2000 », éd. Octares Toulouse ; « Le Grain, le cœur et le mot », Anthologie de poésie africaine sur les nourritures, éd. Feu de Brousse-Sénégal / Cirad-France ; « Traversées Poétiques, poètes argentins d’aujourd’hui », compilation, éd. bilingue L’Harmattan France, « Critique poétique de la raison mathématique », éd. bilingue L’Harmattan France ; Sefikill : « Serial financial killers, palabras para el nuevo milenio », éd (en espagnol) CICCUS, Argentine ; « Josecito de la ferretería », éd (en espagnol) CICCUS, Argentine

     

     

    Caractère réciproque

     

    Si b égal c

    c n’est jamais égal à b

     

    Rien n’est réciproque

     

    Si pluie égal vie

    Si oiseau égal tendresse

    Si couteau égal haine

     

    Pas de chemin de retour

     

    La haine ne revient pas au couteau

    Ni l’oiseau à son vol

    Ni la vie aux martyrs

     

    Rien de réciproque

    tout asymétrique

     

    Mon visage dans le miroir

    n’est pas mon visage

     

    Ce regard fugitif

    ne reflète pas mes prunelles

     

    Ces lèvres étui

    n’abritent pas ma voix

     

    Ces rides simili cuir

    traduisent d’autres douleurs

     

    Ma main dans le lac

    n’est pas ma main

     

    J’ignore où elle plonge

    ni pourquoi elle se mouille

    si elle cherche un désir

    un éventail papillon

    ou des rêves enfouis

    dans le lit du fleuve

     

    La clé dans l’œil

    n’est ni ma clé

    ni mon œil

     

    Rien de réciproque

    tout asymétrique

     

    Les exceptions existent

    je crois aux miracles

     

    Lorsque regard égal amour

    vies retournent aux sources

     

    José Muchnik

    (extrait de « Critique poétique de la raison mathématique, ed. L’Harmattan )

     

    Traduction de l’espagnol (argentine): Sara Yamila Muchnik, Yann Henaff

     

    * Dominque Vital

                 

    Á toi

    Je m’amuse de vivre

    Je m’amuse d’être

     

    Et le temps

    blanchit mes illusions

    et mes rêves de toujours

     

    Et toi

    que j’aime, que j’aime

    et que le vent m’emporte

    dans notre amour,

    dans notre silence.

     

    Je m’amuse d’être libre

    et avec toi toujours.

     

    L’art nous berce

    et l amour nous rassemble

    et promène

     

    Je m’use de me ressembler

    sinon de rassembler.

     

    Je m’use de n’être que moi,

    avec nous en plus.

     

    Je m’use de vivre.

     

    Dominque Vital

     

     

     

     

    Jean-Claude PIERRE

     

    "Né en 1944, ancien professeur de Lettres, j'ai déjà publié chez L'Harmattan.

     

    10 recueils dont le dernier " A propos du nombre d'or, enquête dans un cercle d'intimes", en mars de cette année. Je vis la moitié de l'année, aux temps chauds, en Grèce qui est ma patrie d'adoption.

    Cette terre d'élection est une source d'inspiration importante, mais l'assassinat de mon père par les nazis le 3 mai 1945, et l'histoire personnelle de ma mère, chassée d'Italie par le fascisme, représentent pour moi des pôles constants de mon écriture. Sous le soleil éclatant de l'été, la tragédie n'est jamais loin, et ce ne sont pas les Grecs qui me contrediront."

    L’an prochain…

    parJean-Claude PIERRE

    https://uploads.strikinglycdn.com/files/c2cc56d6-3e52-4e93-b102-f4691034ea68/-1920592656.doc?id=62267

    José Vala

    Porteurs de Voix...

     

    Porteurs de voix

    Conteurs de l'ambre fontaine

     

    Tisserands du point de croix

    Sur le fil de l'âme terrienne...

     

    Porteurs de croix

    Forgerons de brèves flammes

    Sur le brasier entrelacs

    D'une étincelle pyromane...

     

    Ils chantent l'urgence

    Sans armes, à nues mains

    En lettres d'absence

    Sur les murs d'incertain...

     

    Porteurs de voix

    Trouvères à l'aube des mots

    Arlequins au fil d'émois

    Sur la danse vive de l'écho...

    2

    Porteurs d'émois

    Funambules de l'in-écrit

    Sur les pages des sans voix

    Aux lignes offensées d'interdit...

     

    Ils gravent l'urgence

    En fragrances délits

    De mots résistance

    Sur les murs insoumis :

    Polychromes transes

    Dithyrambiques cris...

     

    José Vala

    jeudi, 30 juin 2016

     

     

     

     

     

    Libertà per tutti (Amnistia)...

     

    Frères, amis, forces en lutte,

    L'aube, sans fin, arme la sève

    De la terre épandue de chants

    A la gloire de la Testa Mora...

     

    Libertà, libertà

    Libertà per tutti...

     

    Forces vives refusant le joug,

    Frères de notre amie Liberté,

    Résistons à la force brute

    Qui en ses fers veut vous bâillonner...

     

    Sentinelles de fraternité,

    Militants de la juste cause

    L'exil en prison a trop duré

    Votre libération s'impose...

     

    Libertà, libertà

    Libertà per tutti... i prighjuneri...

     

     

    José Vala

    Alter écho...

     

    Aux gardiens du temple décrépi,

    Maraudeurs de feu l'humanité

    Aux seigneurs féodaux du profit

    J'adresse mon chant de traversées...

    Ecris-moi, écris-moi

    L'âme séculaire du sang

    Ecris-moi, écris-moi

    Un arbre de vie hors du temps...

    Aux serpents de terres sans lune

    Enchanteurs de l'esprit nudité

    Aux faucons ailés de rancune

    Je lance mes salves déclarées..

    Ecris-moi, écris-moi

    A l'encre du livre jetée

    Ecris-moi, écris-moi

    L'histoire du lieu vérité

    Aux sirènes grimées en limaces

    Rampant leur bave sur des ruines

    Aux maîtres laquais de rapaces

    Je plante mes silex d'épines...

    Ecris-moi, écris-moi

    Les songes d'un lac arc en ciel

    Ecris-moi, écris-moi

    Des torrents aux brumes de sel...

    Aux marcheurs de luttes désarmées

    Guerriers à la solde de l'humain

    Aux porteurs du drapeau liberté

    Je lance les œillets d'un matin...

    Ecris-moi, écris-moi

    Les griffes délivrées du sang

    Ecris-moi, écris-moi

    La douleur de l'arme serment...

     

    Ecris-moi, écris-moi

    Un éclair de folie sans fin

    Ecris-moi, écris-moi

    L'orage en salves d'airain...

     

    Ecris-moi, écris-moi

    Un monde libre frontière

    Ecris-moi, écris-moi

    Les luttes de l'Île-mère...

     

     

    José Vala

    samedi 30 juillet 2016

     

    Lacrima Blues...

     

    Une marée, noyée dans la nasse,

    Un slogan lancé, mots en tir tendu,

    Une éruption gazée, dans l'impasse...

    Et le peuple qui impose sa rue...

     

    CRS... CRS...

    Colonie Répressive et Sauvage,

    Quand l'air se met à la bourrasque,

    Que les pavés sonnent l'orage,

    Lève ta visière et brise ton casque...

     

    Un pavé d'essence en combustion,

    Une course entredéchirée de cris,

    Un idéal matraqué, en fusion,

    Et le peuple qui embrase la Vie...

     

    Une vague, césure en suspension,

    Poings érigés, canons libertaires,

    Le flot humain de danses translation

    Habite l'arme de sa colère...

     

    CRS... CRS...

    Colonie Répressive et Sauvage,

    Quand l'air se met à la bourrasque,

    Que le pouvoir t'incite au carnage,

    Déserte ce corps de lugubres masques...

     

    La rage au bout des projectiles

    En tête du fleuve d'in-espoir

    Les mouvements en syncopes d'argile

    Résisteront aux laquais du pouvoir...

     

    Et leur larmes se fondront en acier

    Leur rage en millions d'arquebuses

    Leurs flèches auront l'éternité

    Des pierres que le sang transfuse...

     

    vendredi 6 mai 2016

    mercredi, 24 août 2016

    * Serpilekin Adeline Terlemez,

    écrivaine, traductrice, docteur en esthétique, science et technologie des arts, spécialité théâtre de Samuel Beckett - Université Paris 8, membre du CICEP, a fait sa maîtrise sur le théâtre de marionnettes, Relation marionnettes–marionnettiste, dans le département de théâtre de l’université d’Ankara. Ses activités se concentrent autour de la rencontre des langues et des cultures au sein de la poésie et du théâtre. Elle est l’auteur de : Le théâtre innommable de Samuel Beckett, L’Harmattan 2012 ; Mon ombre et moi, L’Harmattan 2013, Âmes du cosmos, L’Harmattan 2015.

     

    Âmes du cosmos


    Le cosmos est composé des opposés dans sa totalité,
    Il se trouve soumis au changement de l'un qui donne l'autre. Le cosmos où l’âme est en mouvement
    n’est pas limité
    dans son immortalité. Le cosmos où l’âme se croit triste
    n’est pas hospitalier
    dans sa férocité.
    Le cosmos où l’âme erre sans espoir
    n’est pas avenant
    dans sa rugosité.
    Le cosmos où le corps n’a pas de sentiment
    demeure sans âme
    et l’âme sans le corps cherche ses sensations.
    Tout change dans l’univers sauf le changement
    et encore le dépaysement,
    le bouleversement,
    le déracinement,
    le déchirement,
    l’empêchement.
    Dans son immortalité, le cosmos donne la mortalité aux enfants, aux âmes innocentes, aux âmes inoffensives, aux âmes heureuses, aux âmes amoureuses, aux âmes merveilleuses, aux âmes généreuses, aux âmes immortelles.
    Dans sa totalité, le cosmos est composé des opposés,
    il se trouve soumis au changement de l'un qui donne l'autre :

    la naissance donne la mort tout comme la guerre.
    L’ âme mortelle du cosmos se révolte dans sa conviction immortelle.
    Tout change dans le cosmos sauf le changement :
    l’arbre coupé ne tombe pas
    l’amoureux blessé ne pleure pas le coeur en flamme ne brûle pas
    l’humanité atteinte dans sa dignité ne s’éteint pas
    l’âme en détresse ne meurt pas.
    Les âmes du cosmos se mobilisent,
    marchent ensemble,
    les âmes du cosmos se réunissent,
    se donnent la main,
    se donnent le coeur,
    les âmes mortelles du cosmos se révoltent contre l’injustice immortelle.
    Tout change dans le cosmos sauf le changement :
    l’arbre coupé ne tombe pas
    l’amoureux blessé ne pleure pas…
    L’âme défaite ne cède pas.
    L’âme du cosmos résiste…

  • Poètes du Collectif EFFRACTION et leur Univers II

    Norberto Silva Itza, Dos lugares para no vivir exiliado/Due luoghi per non vivere esiliato, Nouvelle édition, Roma, Grecam, 2018 (en cours d’impression).


    Un día uno decide
    que la vida va vivida.
    Deja colgado
    un traje antiguo
    y parte desnudo
    hacia el horizonte.

    Un giorno uno decide
    che la vita va vissuta.
    Lascia appeso
    un abito antico
    e parte nudo
    verso l’orizzonte.

    ****
    OSILO

    Suben y bajan,
    se mueven con el viento
    las calles de Osilo.
    Una historia
    construída de piedras
    las acuna
    y deja fluir sus mujeres
    vestidas de negro
    apareciendo y desapareciendo
    entre sus esquinas.
    Son pájaros,
    hojas otoñales,
    son luces y sombras.
    Tienen manos
    donde esconden
    los secretos de los hilos,
    bordan y entrelazan
    vidas y pasiones en sus tapices.
    Cuelgan algunos
    de sus balcones,
    otros los dejan caer
    entre los muros descoloridos
    de sus casas.
    Conservan secretos,
    las mujeres de Osilo
    ellos son su alimento.

    OSILO

    Salgono e scendono,
    si muovono nel vento
    le strade di Osilo.
    Una storia
    costruita di pietre
    li culla
    e lascia fluire le loro donne
    vestite in nero
    apparendo e sparendo
    tra tutti gli angoli.
    Sono uccelli,
    foglie di autunno,
    sono luce e ombre.
    Loro hanno mani
    che nascondono
    i segreti dei fili.
    Ricamano e intrecciano
    vite e passioni negli arazzi.
    Ne appendono qualcuno
    dai loro balconi,
    altri li lasciano cadere
    tra i muri scoloriti
    delle proprie case.
    Conservano segreti,
    le donne di Osilo,
    sono il loro alimento.

    ***

    A Joan Flores


    ENCUENTRO EN LIMA

    El día menos pensado – me dije –
    me canso de ser sudamericano
    ciudadano de cuarto orden
    caminando entre estas grises casas
    “art nouveau”
    y faroles de la post guerra,
    compro un billete de vuelo
    entre las nubes
    y parto a reclamar mi historia.
    Así haciendo
    logré pasar aduanas,
    inútiles sonrisas
    y salí hacia el cielo
    a velocidad desacostumbrada.
    En menos que dos
    cambió la tierra en cielo
    y un desorden diferente
    transformó la espera.
    Se alejaron detrás de mí,
    parques dibujados,
    calles recorridas,
    delante ya veía un no sé qué
    y soñando escuché canciones
    y juegos de niños
    volando come gorriones.
    Ceibos-soles-vientos
    y flores de jacarandá
    un sauce rumoroso decía:
    “Aquí naciste
    Aquí viviste.
    Yo te ví”.
    Y fuí en verano en aquel invierno.
    Para acogerme
    se abrieron los desiertos,
    las montañas
    los árboles perfumados.
    Toqué tierra con mis pies,
    con mis manos,
    comí como fruta
    el aire de mi terruño.
    Ya no tuve miedo
    sólo confusión
    y en la confusión entre todos
    ví tu rostro,
    que temerosa
    entre la gente me buscabas.
    Me reconociste.
    Te reconocí
    y comenzamos a contarnos
    como si ayer fuera ayer
    y no veinte años atrás.

    A Joan Flores
    INCONTRO A LIMA

    Il giorno più impensato -mi dissi-
    mi stancherò di essere sudamericano
    cittadino di quart’ordine
    vagante tra le grigie case
    “art nouveau”
    e lampioni del dopoguerra,
    comprerò un biglietto per volare
    tra le nubi
    e partirò per reclamare la mia storia.
    E così passai
    dogane,
    inutili sorrisi
    e andai verso il cielo
    a velocità non conosciuta.
    In un momento
    la terra divenne cielo
    e un disordine diverso
    trasformò l’attesa.
    Si allontanarono dietro di me
    giardini disegnati,
    strade percorse,
    davanti non vedendo nulla
    già sognavo
    e nel sogno ascoltai canzoni
    e giochi di bambini
    che volavano come passeri.
    Ceibos- soli- venti
    fiori di jacaranda
    un salice rumoroso diceva:
    “Sei nato qui.
    Sei vissuto qui.
    Io ti ho visto”.
    E andai nell’estate quell’inverno.
    Per accogliermi
    si aprirono i deserti,
    le montagne,
    gli alberi profumati.
    Toccai terra con i piedi,
    con le mani,
    mangiai come un frutto
    l’aria della mia terra.
    Non ebbi più paura
    solo confusione
    e nella confusione
    scorsi il tuo volto,
    che timorosa
    mi cercavi tra la gente.
    Mi ri-conoscesti.
    Ti ri-conobbi
    e cominciammo a raccontarci
    come se ieri fosse ieri
    e non venti anni indietro.

     

  • Publications des Membres du Collectif EFFRACTION

    Philippe Tancelin A fleur de clarté Editions Unicité

    2016

    La connaissance ignore autant sa force que sa fragilité. Chacun des pas franchis qu'elle croit achevé hésite à la venue de l'autre. Ainsi, le chemin de vie doit-il consentir à son inattendu. C'est pourquoi se croisent ici les mots du poète avec le sens d'une histoire en perpétuel devenir où chacun est sans cesse déplacé pour son plus grand étonnement, toujours à fleur des choses.

     

  • EFFRACTION 1

    Fragments, lambeaux
    Collectif de Poètes des cinq continents
    Philippe Tancelin, Bela Velten
    Poètes des cinq continents
    LITTÉRATURE POÉSIE EUROPE France

     

    A l'heure des obscurantismes féroces, le rappel, à travers les millénaires culturels de sourires et fragments de sagesse vient ici comme une heureuse fortune soutenir la lucidité de poètes et écrivains contemporains. Il les exhorte à une présence urgente, une vigilance rieuse dans la cité moderne. Ce recueil tissé de la résonnance entre les écritures les plus anciennes et celles d'aujourd'hui, procède de cette mémoire collective vivante qui trace sur le chemin d'histoire une éternelle pensée poétique du devenir.

  •    Soirée -Alireza Roshan 21 décembre 2018

    Espace L'Harmattan Paris 5

  • Rendez-Vous

     

    "Déjà plusieurs livres, demain sans doute des dizaines à venir sur le mouvement des « Gilets jaunes » qui, pendant huit mois, surgit par effraction sur la scène politique française. Le présent ouvrage est le témoignage du ressenti poétique-politique de l’auteur au fil des semaines. Les chroniques qui le composent se sont voulues chaque fois en leur temps une adresse à certains milieux intellectuels, artistiques qui, pendant les premiers mois de la révolte, demeurèrent réservés quand ce ne fut pas suspicieux. Les notes, fragments de propos, la fiction dramatique qui accompagnent l’ensemble attestent de la dynamique de cette période et ce qu’elle peut inspirer d’expressions créatrices"

    Philippe Tancelin

     

    Les Editions L’Harmattan

    ont le plaisir de vous convier à la signature du livre

    « Couleur d’Effraction »

     

    De Philippe TANCELIN

     

    En compagnie de IroSiafliaki (réalisatrice-cinéma)

     

    Louis Saisi (juriste)

     

     

    Vendredi 25 octobre 19h-21h

    Espace l'Harmattan

    21 rue des Ecoles paris 75005,

    (Métro : Cluny/Sorbonne, Jussieu, Maubert-Mutualité)

     

     

     

    Voici revenue la troisième saison avec ses couleurs splendides où la nature rend à nos yeux tout ce qu’elle a accueilli des dons de l’été.

    Voici revenu le temps de notre collectif grâce auquel nous tenterons de rapporter à nos sœurs, frères humains les fruits de nos méditations.

    Notre lieu de prédilection (Espace l’harmattan) nous est réservé, à compter d’octobre et jusqu’en juin, le quatrième vendredi de chaque mois.

     

    Ceci fixe donc notre rentrée le 25 octobre à 19h.

    Je profiterai de cette occasion pour vous présenter mon dernier livre

    « couleur d’effraction »

    en compagnie de :

    Iro Siafliaki (réalisatrice-cinéma)

    Louis Saisi (juriste)

     

    Ensuite, nous discuterons des contenus de nos prochaines soirées ainsi que de nos futures initiatives « d’effraction poétique ». Je puis déjà vous annoncer que la soirée du

     

    29 novembre sera consacrée au thème suivant :

    « De la capture des langages »

    en compagnie de José MÛCHNIK (poètet anthropologue),Louis SAISI

    ( Juriste, Dr. en sciences de l'éducation ), votre serviteur et autre

    intervenant.

     

    A très bientôt Avec mon amicale pensée

     

    Philippe Tancelin

     

     

     

    Âge d’équilibre

    José Muchnik

    « Une société qui ne prend pas soin de ses vieux est un monstre qui se dévore lui-
    même »

    Pablo José

    Equilibre pour quoi?

    Pour remplir des cratères financiers?
    Pour spéculer sur des rides à la bourse ?
    Pour jeter les vieux aux arènes du marché?
    Qu’ils soient mangés par des poux et des lions
    Équilibre des comptes et des boulons

    Equilibre Oui !

    Pour raconter des histoires sages
    Transmettre de tièdes mémoires
    Attendrir des nuits sans fin

    Destructivisme! Voilà leurs Dieux implacables!Ceci n’est pas un poème ni
    un pamphlet, seulement des sons étranglés à la recherche d’un écho. Les
    voilà les vieux! Sous-produit non rentable pour la machine à broyer.

    Âge d’équilibre?
    Qui est déséquilibré ?

    Le banquier qui grave des prêts au couteau
    Ou le grand père qui dort et imagine d’autres cieux?

    Qui est déséquilibré?
    Le ministre qui fabrique des mensonges en acier
    Ou le grand père qui rêve de vignes dans le désert?

    Les déséquilibrés c’est vous! Vous qui confondez les humains et les
    chiffres, vous qui brûlez des forêts pour quelques pièces de monnaie, vous
    qui ne voyez pas où vous allez, vous crevez des yeux.

    Âge d’équilibre financier non !
    Equilibre de vie Oui!
    Equilibre d’amour!

    J.M
    16-01-2020

    Traduction de l’espagnol (Argentine) par l’auteur en collaboration avec Viviane Carnaut

    ************************************************************

    Pari d’orgueils…

    à l’heure de l’humilité

     

    La grève serait « sans issue » et elle devrait « cesser ». L’heure du « compromis » est arrivée et il ne resterait plus que les empêcheurs de tourner sur le manège en marche.

    « Le mouvement s’essouffle » au milieu des gaz lacrymogènes et il n’y aurait plus aux manifestants que les larmes pour pleurer leur défaite.

    Comment ne pas prendre ces propos pour insulte, dédain, vis à vis de millions de citoyens opposés à la réforme des retraites, des milliers de travailleurs en grève depuis quarante cinq jours, dont six journées de manifestations nationales et des centaines d’actions ponctuelles, le tout infantilisé, comparé à une cour d’école dissipée mais à l’échelle d’un peuple, c'est-à-dire avec la correction qui s’impose en termes de mutilations et violences multiples.

    Si le long épisode de souffrance des « gilets jaunes » a permis de révéler un certain visage du pouvoir, la présente réplique des responsables gouvernants au mouvement actuel, n’est pas seulement outrageante, elle fait le dangereux pari de la dissuasion par une tactique d’épuisement et d’apeurement.

    Ce n’est certes pas la première fois et en d’autres époques, un tel pari fut tenté par les gouvernements avec autant de succès que d’échecs.

    Mais aujourd’hui en la circonstance, c’est non seulement faire peu de cas de la détermination et des investissements qu’implique au niveau individuel une telle grève de longue durée mais aussi vouloir effacer l’indélébile couleur d’effraction du mouvement spontané des gilets jaunes qui a précédé.

    Tandis qu’on croyait les gilets jaunes essoufflés, ils infusaient dans les couches moyennes de la société et se politisaient au sens noble d’une prise de conscience de leurs responsabilités, de leur puissance de parole pour discuter des affaires de la cité.

    Tandis que seuls, cruellement réprimés, ils cherchaient et inventaient les formes démocratiques d’assemblées les mieux adaptées à leur situation, ils allaient participer indirectement à l’approfondissement des interrogations et exigences qu’adressent aujourd’hui les bases militantes, syndicales, à leurs directions.

    Avec leurs revendications, les gilets jaunes harcelaient les lieux de décision du pouvoir et ses figures symboliques. En passant de la colère franche contre la hausse des carburants, à l’idée d’un mieux vivre pour un mieux être, ils allaient nourrir le mouvement actuel dans sa remise en question non plus d’une politique mais d’un système économique, financier, de toute une conception marchande du monde et des hommes.

    Au regard de la non convergence de ces mouvements (malgré quelques tentatives plus ou moins fructueuses), le pouvoir, fier d’une politique de fragmentation, semble ignorer ce jour le principe de résonance des courages qui dessine les traits du visage de la détermination et fait surgir les expressions rebelles les plus singulières.

    Plutôt que subir les leçons des maîtres de la vielle école qui sonnent l’heure de la récré, plutôt que laisser détourner notre attention par les gardiens de raison surveillée qui prétendent distinguer une défaite tête haute, d’une victoire tête basse, concentrons nos regards, inclinons nos sentiments, étendons nos âmes à ces dispositions du cœur qu’implique le courage des manifestants aujourd’hui.

    Oui, le courage de résister à la peur de la répression qui s’abat sur les manifestations, dans les tribunaux, dans les conseils disciplinaires. Oui, le courage de faire front par une réflexion lucide, à la brutalité imbécile des discoureurs de plateaux télévisés, les chroniqueurs de tous ces organes qui parasitent la pensée, détournent le langage des luttes, banalisent l’imaginaire. Oui, le courage de tenir coûte que coûte la grève, non plus malgré une fin de mois difficile mais sans salaire du tout en fin de mois, en décembre, en janvier… Oui, le courage de chanter ce que les mots savent dire, de danser ce dont les gestes savent faire offrande : (« on est là pour un monde meilleur, pour le bonheur des travailleurs »), face aux manœuvres de division menées par le pouvoir et ses collaborateurs, ainsi que les tentatives d’éparpillement, de casse de l’esprit de solidarité au profit d’egos de commerce, dévorants. Oui, le courage d’imaginer quotidiennement des présences actives toujours plus nombreuses aux lieux imprévisibles par l’autorité.

    Cette force est d’une intelligence forgée aux braises de la création collective, du respect de la personne de chacune, chacun. Elle assume la décision de reconduire la grève jusque dans ses répercussions les plus profondes sur la vie affective, familiale, et tous les sacrifices au jour le jour. Qu’on se le dise, cela ne saurait supporter la caricature de représentation d’une récréation.

    Trop de douleurs, trop de brutalités physiques et morales, même si elles sont vaincues par l’espoir ensemble et la beauté du courage humain ! Elles ne pourront souffrir plus longtemps le cynisme voire la cruauté du traitement politique de ce conflit social.

    Refuser de considérer (comme ce fut le cas pour les gilets jaunes) l’authentique dimension éthique, esthétique et politique des luttes que nous traversons, relève de la maltraitance contre une partie du peuple, non moins que contre cette autre importante partie qui soutient le combat contre la réforme de la retraite mais plus ouvertement contre le devenir hypothéqué de chaque jour à vivre et contre l’avenir obscur réservé aux nouvelles générations.

    Quoiqu’il advienne, le pari des politiques sur le pourrissement, l’épuisement des travailleurs, est erroné. L’opacité maîtrisée de la langue de communication médiatique, la répression augmentée, l’espoir d’une dissipation du soulèvement sous la perspective électorale, ou quelques autres distractions-digressions événementielles, n’auront pas raison de cette lutte. De même que le pouvoir a cru savoir ignorer l’infusion des gilets jaunes, il se pense autorisé à faire fi du courage humain. Cela est d’une dangerosité qu’il ne peut mesurer, tant il est éloigné de toute sensibilité du terrain vrai de la lutte. Ce qu’il prend pour de la colère allant jusqu’à la falsifier en « haine », n’est pas celle qu’il veut entendre. La colère n’est pas de haine mais du ressenti de douleur extrême par l’esprit-chair, lorsqu’on attente à son motif d’être.

    Une large part de la population laborieuse qui manifeste aujourd’hui en France et dans le monde, a depuis ses vécus de lourdes peines, grandement rompu avec les promesses d’un libéralisme d’antan qui voulait confondre liberté de conscience et liberté de l’entreprise. Cette rupture s’est radicalisée à mesure que l’entreprise a non seulement creusé le fossé entre les membres de la collectivité, mais entre chacune, chacun et le sens de son existence alors assujettie à l’économie. (Quel sens, comment et pourquoi) ?

    Une fois ressentie l’atteinte féroce portée à la recherche d’un autrement vivre et écrire son sens singulier, grâce à un imaginaire d’émotions-expressions, créatrices d’un bien en commun, ce fut non pas le désespoir, non pas la haine pour conjurer le désespoir mais le refus sans frein ni limite de se perdre, de se dissoudre dans une réification irréversible, la même qui fait aussi s’insurger à travers la voix de la terre en péril, toute une part de la jeunesse contemporaine.

    Le pari de l’apaisement par dénégation de cette dimension profondément humaine-sociale-collective qui donne tant de beauté au courage de la période…ce pari est tragique. Il pourrait produire des effets déplorables et sans réparation sur multiples plans, politiques, sociaux, affectifs, humains (à courts, moyens et longs termes).

    S’il en était ainsi, nous serions confrontés à une situation historique grave dont les jours à venir pourraient s’emparer afin de confirmer plus tard le sens de l’incurie si ordinaire aux politiciens et leurs gouvernements.

     

    L’orgueil où erre l’ombre du pouvoir

    Ne tranchera pas le souffle des hautes altitudes humaines

    Elles dessinent le gouffre radical entre la nudité des corps de liberté, leur humilité

    Et l’accoutrement grotesque des raisonneurs suffisants

     

    Vienne la succession de fraicheurs

    Qu’accompagne l’étreinte de nos puits de courage

     

    Philippe Tancelin

    Poète-philosophe

    17 janvier 2020

     

     

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    Nous avons la tristesse de faire part du décès de notre ami poète italien giancarlo Pizzi le 16 janvier derrnier en italie. Notre ami était parmi les fondateurs de notre collectif "Effraction" en 2014. Nous lui rendrons hommage poétique dans les prochaines semaines.

    Philippe Tancelin

     

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    Dans le cadre de « La nuit des débats ," l’atelier MATRESELVA " présente :

    Lecture-conversation*

    « L’amour de Madeleine »

    Sermon anonyme français du XVIIe siècle dans la transposition qu’en fit le poète Rainer Maria RILKE

    De larges extraits seront lus par :

    Philippe TANCELIN (poète)

    La lecture sera Suivie d’une conversation animée par Manuelle KATZ, responsable de « l’atelier MATRESELVA » sur le thème :

    « De la déclaration de l’Amour »

    Jeudi 17 octobre 20h

    32 Rue du Hameau, 75015 Paris

    Métro : Porte de Versailles

    *Cette soirée est la première d’une série de « lecture-conversation » organisée tous les deux mois par « l’ atelier Matreselva », à partir de grands textes à découvrir ou redécouvrir autour de thématiques que secrète la spiritualité de l’existence.

     

    cliquez pour voir un extrait

    Lecture de « L’amour de Madeleine » par Philippe TANCELIN

     

     https://photos.app.goo.gl/GC7wFFmzmzRmNHvz6

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    COLLECTIF EFFRACTION-Poètes des cinq continents:

    " la poésie inspire le réel"

     

    Chers.es amis.es

    Pour celles et ceux qui en prennent, les "vacances" s'achèvent et la "rentrée" se fait!

    A cette occasion nous sommes heureux de vous informer que nous tiendrons une petite assemblée générale de notre collectif festif le 21 septembre à l'espace l'harmattan à 19h 21 rue des Ecoles Paris 75005.

    .Nous vous y révélerons le programme de nos soirées jusqu'en Décembre 2018 inclus et mettrons ensemble la dernière main ou touche sensible au programme 2019.Par ailleurs nous ne manquerons pas d'évoquer nos projets d'interventions-manifestations au cours de l'année sans oublier l'accueil de nos nouveaux partenaires individuels et ou collectifs

    .Au 21 donc autour de nos voeux, de nos pensées critiques, de nos ivresses de vivre "poétiquement" ce monde...

    Pour le collectif

     Philippe Tancelin

     

    PS: Celles et ceux qui bien que non membres de notre collectif reçoivent ce message, sont très chaleureusement invités à cette soirée.

    Philippe Tancelin

     

     

     

     

     

     

     

    NOUS SOUTENONS LES 3 DE BRIANCON

    OUI à L’ASILE A BAS LA LOI COLLOMB

     

     

    Nous serons tous une « bande organisée » autour des militant.e.s de la solidarité.

    Le 21 avril les militants d'un groupe d’extrême-droite suprématiste "Génération Identitaire", a mis en scène au col de l'Echelle (05) une opération de "blocage des frontières" entre la France et l'Italie, interdisant l'accès à des personnes épuisées par un trajet en montagne, les mettant ainsi potentiellement en danger. Cette action fut largement diffusée sur les réseaux sociaux à renfort de commentaires xénophobes

    Le lendemain, une manifestation de 150 habitants des vallées frontalières, engagés dans la solidarité concrète avec les migrants transitant dans cette région, traversent symboliquement la frontière de Clavière jusqu'à Briançon, pour protester contre la militarisation de la frontière et la non prise en charge des personnes mineures ou en demande d’asile par les autorités. La gendarmerie française effectue alors 6 interpellations arbitraires. Trois personnes seront relâchées et trois autres sont en liberté provisoire, en Savoie et à Marseille. Elles sont poursuivies pour « avoir par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l’entrée irrégulière en France de plus d’une vingtaine d’étrangers, avec cette circonstance que les faits ont été commis en bande organisée », elles risquent selon la loi française jusqu’à 10 ans de prison, assortie de 750 000 euros d’amende. Le jugement a été renvoyé au 31 mai 2018. A travers cette accusation c'est la solidarité humaine et toute forme d'assistance y compris à personnes en danger qui est ainsi considérée comme un délit passible de prison de très longue durée mais c'est aussi le déni pur et simple du droit d’asile et donc de séjour, lequel est une obligation conventionnelle de la France.

    Devant une telle répression et atteinte à la conscience humaine nous sommes et nous nous sentons tous des montagnards, nous accompagnons depuis des siècles ceux qui doivent impérativement traverser la frontière pour se mettre à l'abri, protéger leur vie et leur liberté. Les montagnes par leurs innombrables sentiers nous aident.
    Nous continuerons à le faire. Nous revendiquons notre aide comme légitime. Nous déclarons illégitime la loi qui nous incrimine, parce que contraire à la fraternité et au devoir universel des hommes au secours d'autres hommes en détresse. En mer comme sur terre: nous déclarons que nous continuerons à porter secours à ceux qui ont besoin de nos sentiers.
    Personne n'est clandestin. Dans nos montagnes, il n'y a que des hôtes de passage. Cet appel est signé en Italie et en Suisse comme en France. Cette hospitalité, nous nous rassemblerons: pour la réaffirmer en même temps que notre soutien aux trois inculpés de Briançon.

    le 27 mai à partir de 15h30,

    Comité de soutien des trois de Briançon, Tous Migrants, Réseau hospitalité et plus de 3000 signatures sur la pétition d'Erri de Luca

    Premiers signataires: comité de soutien au trois de Briancon, Tous Migrants de Briançon, Réseau hospitalité de Gap, Solidaires, DAL, Ensemble!, EELV, Convergence services Publics, République et Socialisme, Résistance sociale, Mouvement Ecolo,

     

     

    Calendrier des manifestations organisées par

    "Effraction/L'harmattan/Cicep//Théâtre des Déchargeurs

     

    * 11 juin 19h

     

    Espace l'Harmattan, 21 bis rue des Ecoles (Métro : Cluny/Sorbonne, Jussieu, Maubert-Mutualité)

    accueil du poète Chinois Zhao Lihong

    en présence du poète ADONIS. Lecture Philippe Tancelin

     

    * 12 juin 17h

    Théâtre des Déchargeurs (rue des déchargeurs métro châtelet)

    Soirée Zhao Lihong lecture par Adonis, André Velter, Philippe Tancelin, Zhang Blen

     

    * 15 juin 19h

    «L'EFFRACTION DES VENDREDIS »Espace l'Harmattan, 21 rue des Ecoles Paris 75005,(Métro : Cluny/Sorbonne, Jussieu, Maubert-Mutualité)

    Iro Siafliaki (cinéaste)Philippe Tancelin (poète-Philosophe) "De la beauté au pays de chacun (e) « poésie et cinéma»

     

    20 juin 19h

     

    "Espace l'Harmattan" Soirée Geneviève Clancy en l' honneur de la publication de son ouvrage "esthétique de la violence" (projections-témoignages)

     

     

     

     

     

     

    * 22 juin 19h

    19 rue des Frigos Paris 13è (métro bibliothèque François Mitterrand)

     

    soirée "lire entendre la poésie palestinienne contemporaine" par Philippe Tancelin autour de 17 poètesses et poètes palestiniens. accompagnement musical (Oud)

     

    organisé par le "collectif effraction et le centre international de créations d'espaces poétiques.

     

     

     

     

     

                    

     

     

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